LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
des attaques incessantes contre des doctrines peu comprises m'ont indiqué.
Enfin, au sujet même de ces attaques, je dirai qu'il est absurde de nous accuser de vouloir détruire en ellesmêmes de telles institutions; elles sont, ai-je dit, les expressions de la nature de l'âme, et ne sauraient disparaître qu'avec l'âme elle-même.
Il ne dépend en rien de quelque doctrine que ce soit d'empêcher les hommes de croire à quelque chose, d'aimer leurs parents .et leurs enfants, d'étendre leur personnalité jusqu'à certains objets, qui deviennent ainsi une véritable propriété, soit par leur origine individuelle, soit par une attribution spéciale.
En supposant que de telles doctrines fussent enseignées, ce que j'ignore absolument, ce serait leur faire trop d'honneur que de les combattre et de les réfuter; elles n'ont aucune possibilité de force et d'influence réelles , et ne présentent rien de dangereux ; elles ne peuvent acquérir aucune puissance ; elles ne seraient que des aberrations, des maladies de l'esprit, à peu près comme si l'on offrait aux hommes de s'arracher les yeux ou de se couper les mains pour se perfectionner.
Mais si, au lieu de considérer ces institutions en ellesmêmes, on les considère dans les formes qu elles ont revêtues, on reconnaît que ces formes ont changé bien des fois, il est probable qu'elles changeront encore. Si le pouvoir , le souverain et l'autorité se transforment , f il est inéluctable qu'elles subiront une transformation analogue.
Un nouveau souverain suppose une nouvelle reli-
gion, une nouvelle famille, une nouvelle propriété. Dès l'abord ceci paraît évident. Ces notions simples étant cependant fort obscurcies de nos jours, je veux essayer d'y porter quelque lumière. Mais avant de poursuivre, alors que j'arrive à ces conclusions radicales, que, dans notre société , l'autorité , le souverain et le pouvoir changeant de nature et de fonctions , les organes qui les ont représentés dans le passé , le clergé , la magistrature et l'armée doivent en conséquence se transformer ou disparaître ; enfin que la religion , la morale et l'économie politique subissant une transformation analogue , idées, mariage, propriété, doivent se transformer en même temps ; je veux d'abord montrer comment s'est déjà faite une semblable révolution ; ce sera l'objet de la fin de ce chapitre.
Je veux ensuite examiner si de tels changements sont aujourd'hui devenus inévitables et nécessaires, et si les idées et les formes dans lesquelles nos pères ont vécu sont tellement décrépites et dénaturées qu'elles aient réellement cessé d'être compatibles avec l'ordre qu'elles ont jadis maintenu, le progrès qu'en d'autres siècles elles ont favorisé ; tel sera l'objet de la deuxième partie de ces études. >
Comment se fit la révolution chrétienne?
Comment, alors que, dans Rome, les institutions religieuses , civiles , économiques se dégradaient, et que la contrainte devint incapable de les maintenir, furentelles modifiées et sauvées du naufrage ?
Par un nouvel idéal et par la liberté.