LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
seule année 170 femmes furent condamnées dans Rome pour assassinat sur leurs maris : et si l'on songe aux moyens employés et à l'ignorance de la médecine légale, combien durent échapper à la justice I on modifia la procédure, on exagéra la pénalité. Lois, supplices, exemples éclatants jusqu'au sein de la famille impériale, rien n'y put suffire.
Toute institution se définit et se construit en vue de l'objet qu'elle doit atteindre. Le mariage est toujours déterminé dans sa nature par l'état de l'enfant. C'est pourquoi, cbez la plupart des peuples, la stérilité fut considérée comme une cause d'annulation de ce contrat. Or, l'état de l'enfant à Rome, ce qui le caractérisait, c'était d'être citoyen ; le mariage fut une institution civile ayant pour but d'assurer la vérité de la qualité de citoyen. L'idéal de la femme, l'idée supérieure à laquelle elle dut sacrifier l'amour et souvent le bonheur, fut le devoir d'assurer l'état civil véritable du souverain. Cet idéal était assez restreint pour demander l'appui d'une législation formidable et la femme jouit d'une très-faible liberté. Il devait arriver un jour où la législation ne pourrait suffire à maintenir le mariage et où il faudrait ù son tour la soutenir par un idéal plus pur et plus élevé. Eh bien! non-seulement ce nouvel idéal remplit ce but, mais encore son action fut si puissante, qu'il devint possible d'adoucir la législation et de donner aux femmes une plus grande liberté. Tel fut le résultat de la transformation du mariage civil en mariage religieux.
Dans la constitution économique se manifestait un
semblable désordre : les meurtres des propriétaires étaient devenus si fréquents, qu'il fallut bientôt décréter que chaque fois qu'un citoyen serait assassiné sans que l'on connût le meurtrier, tous ses esclaves seraient mis à mort. Lois étranges d'un peuple qui lutte contre la fatalité d'une révolution nécessaire. Ainsi, d'une part, on supposait les maris de connivence dans les désordres de leurs femmes; on supposait, d'autre part, tous les esclaves complices du meurtre de leurs maîtres. Entre temps, le budget s'accroissait à tel point que les propriétaires donnaient pour rien leurs terres pour échapper aux exigences du fisc. Les villes se peuplaient aux dépens des campagnes, l'agriculture manquait de bras, les industriels manquaient de travaux, la terre et les hommes chômaient à la fois. Quelque tendance analogue ne se dénote-t-elle pas aujourd'hui? Ne sommes-nous pas effrayés de quelque semblable danger ? Les causes ne sont point les mêmes, dira-t-on, et l'on tachera de se tranquilliser par quelque discussion de détail. Oh I je le sais, nous sommes une autre société, nous avons d'autres idées, d'autres formes, d'autres organes. Mais ce sont là les signes de la décrépitude sociale. Ce sont les symptômes d'une dissolution prochaine. Ces signes et ces symptômes sont toujours les mêmes dans l'histoire; ne les apercevons-nous pas ?
Que disait alors le chrétien?
Augmentez la liberté de ces travailleurs et de ces femmes; vous êtes leurs juges, ne soyez que leurs tuteurs; ils sontvos sujets, qu'ils soient vos pupilles. Avec le sen-