‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 123 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

timent de votre protection ils auront celui de leur fidélité. Soyez moins craints, ils seront moins haineux et moins hypocrites; soyez meilleurs et plus doux, vous serez plus obéis.

Que voulez-vous dire ? répondait le Romain.

Quoi ! toute la puissance du maître ou du mari, leur pouvoir judiciaire, leur magistrature domestique, le mariage et l'esclavage, ces institutions économiques et morales, antiques et puissantes, ne me peuvent suffire. La révolte et l'adultère sont partout; la propriété se trouve en péril ; la filiation est incertaine; toutes les bases de l'ordre social sont ébranlées, je ne sais comment les raffermir. Je lutte, je combats par tous les moyens 1 Ces êtres ignorants et faibles, l'esclave, la femme sont le jouet de tous leurs caprices et de toutes les erreurs; l'existence des sociétés est par eux menacée! et vous me dites de me relâcher de mes rigueurs, de soumettre ma science, ma vertu, ma force à leur ignorance, à leurs appétits, à leurs passions, à leur faiblesse. J'ai pour moi l'exemple du passé, la tradition des aïeux ; si Tordre est en péril, c'est que les mœurs et les lois antiques ont péri ; il faut y revenir ; et vous me dites de mettre en ou- . bli, de livrer au mépris ces mœurs et ces lois ; est-ce donc à ceux qu'elles devaient contenir et maîtriser qu'il sera donné de les défendre? Non, non, point de liberté pour la femme, point de liberté pour l'esclave, mais des soldats et des prisons, des lois et des bourreaux. L'autorité n'est plus, il faut du pouvoir; la patrie est en danger, l'amour d'elle est oublié ; la force reste seule. Dites-moi, si vous n'employez ces moyens, quels seront les vôtres? L'idéal, l'amour de Dieu, l'amour du bien, l'autorité

nouvelle, répondait l'homme nouveau. A ce travailleur je dirai que la douleur et la misère sont d'un jour ; à cet homme abattu je dirai qu'il est votre égal et qu'à ses souffrances une récompense éternelle sera donnée. Vous serez comme lui soumis à la loi qui le console, et pour l'amour de cette loi votre bonheur vous sera pardonné. A cette femme je dirai que son enfant n'est plus seulement à vous, seulement à la patrie, je dirai qu'il est à celui qui mourut pour elle, pour son fils et pour vous, et je lui dirai de ne point entacher la naissance de l'enfant qui fut racheté, par un péché originel nouveau. Elle veut aimer, je lui dirai qu'à son âme un éternel amour est promis, et je lui dirai: Souffre, oublie l'amour de la terre et garde ton cœur pour un amour sans fin.

C'est ainsi que j'amoindris le bourreau, que j'agrandis la liberté. Vos anneaux s'usent, vos haches s'ébrèchent ; ce monde où vous avez vécu s'écroule; à sa place je veux bâtir un monde et je veux le bâtir avec la foi, l'amour et l'espoir.

Cela n'est pas pratique, disait le Romain en s'en allant. Cet homme est fou ; croit-il donc changer ainsi les hommes ou les croit-il parfaits? Cette folie peut être dangereuse : il faudrait l'enfermer. Il est peut-être méchant?... Ne disait-il pas que je ne suis que le protecteur et le tuteur de ma femme, l'administrateur des richesses de tous?.. Il veut, sans doute, prendre ma femme et ma propriété;... toutes les femmes et toutes les propriétés. Il me hait; il a la haine des lois, des dieux et du genre humain. Il est certes méchant. Réfléchissons, et tâchons d'inventer pour lui quelque supplice. Il est bon de l'accuser de tous les méfaits. C'est

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