LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
un grand criminel, et je ne puis le calomnier; ma conscience est en repos, car je défends à la fois la religion, la famille et la propriété !
Quel étrange écho n'ai-je point entendu?
Vieille radoteuse histoire, pourquoi parles-tu, si tu dois constamment te répéter ainsi?
Histoire, montreras-tu toujours les amants, du progrès, les sauveurs des hommes, voués aux persécutions, à la calomnie, à la haine, au mépris? C'est Socrafe, c'est le Christ, ce sont les martyrs ; ceux-là qui viennent, embrasés d'un feu divin, déployer un aspect nouveau de l'Infini, ceux-là seront appelés impies! Ceux qui, portant l'eau lustrale, viennent laver les pieds fangeux de l'humanité; ceux qui lui donnent, avec la pensée, leurs travaux et leur sang ; ceux-là seront appelés des vases d'impureté, des ennemis des hommes. Sujet d'enseignement éternel, trouble et malédiction qui plane en dépit d'eux sur les calomniateurs, encouragement sublime que nous ont légué nos pères, que nous n'oublierons point!
Qu'importe après tout, initiateur, pain immortel? qu'importe la douleur si l'initié s'est repu de ta chair? Proraéthée, des dieux pâles, effrayés de ton souffle puissant, le vautour ouvre encore ta poitrine! Orphée chanteur, adoucisseur des tigres, évocateur des ombres, les Ménades folles ont déchiré ton corps!... Qu'importe?... Prométhée, ton souffle agite encore le monde ; Orphée, ta voix chante encore dans les cœurs.
Esprits blessés, réjouissez-vous! esprits guerriers,
esprits lutteurs, votre race n'a point dégénéré, de nobles enfants vous sont nés : c'est Bacon, stratégiste des sciences, celui qui rassembla les armes, et fixa l'heure et l'ordre du combat; c'est Galilée, c'est Képler, chaleur et lumière, poète calculateur, disciple de Pan, qui dans la matière a contemplé l'esprit. Spinosa, Leibnitz, Newton, à qui la nature bienveillante a parlé; Voltaire, Rousseau , Kant, spadassin de la raison, lame habile, acérée, le destructeur des anges; c'est Hégel, vainqueur de Dieu! C'est Raphaël, pensif et rêveur sur les débris d'Athènes, pâli d'amour, enivré de baisers, dont la main relève, ô Christ , Anadyomène en pleurs et courbée sous tes pieds ; Byron qu'animait, ô Prométhée, ton indomptable orgueil ; Gœthë, amant calme d'Hélène, qui sut, Orphée, comme toi, du sein des ténèbres et du silence originel, arracher la beauté; ce sont eux et tant d'autres : une innombrable armée! Réjouissez-vous!
Le Dieu de saint Paul rejoint dans l'infini les dieux de Zoroastre et d'Hermès ! Il songe et poursuit en vain son rêve inachevé; rejouissez- vous ! Il dort, comme dorment les dieux, un éternel sommeil! Les Titans nés de l'homme et de la terre ont reconquis les cieux. Pan va régner et vos (ils ont vaincu ! Réjouissez- vous!...
A l'aube de chacun de tes jours, ô sainte humanité, c'est ainsi que, semblable à l'aurore, le génie disperse aux vents du matin les perles de ses yeux, les fleurs de sa couronne; c'est ainsi qu'à tous il donne l'espérance et distribue la lumière; c'est ainsi que les germes éclos de l'union des pensées dans un front solitaire s'en échappent à toute heure, et, déposés dans le sein des générations, y sont la semence d'une espèce immortelle.