‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 125 sur 228 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

LA HliMGIO.V

Je me propose d'analyser, dans cette deuxième partie, les caractères de la grande transformation religieuse et morale qui s'accomplit de nos jours, d'apprécier la puissance relative des éléments conservateurs ou dissolvants qui luttent au sein de la société, de déterminer enfin si l'ordre social actuel possède une vitalité réelle et des chances de durée, ou s'il est fatalement conduit à se désorganiser de lui-même et à subir une rénovation radicale, rénovation qui supposerait un changement absolu dans les idées, les relations, les habitudes et les institutions.

Avant de traiter ce grave sujet — la situation morale et religieuse de notre société — j'ai besoin de m'y préparer par quelques généralités, de préciser la valeur des mots et de les définir.

258 RVÉOLUTION SOCIALE.

{ Ailleurs j'examinerai les caractères politiques de l'état de civilisation. Au point de vue philosophique ce qui caractérise les périodes civilisées, c'est que les hommes ont acquis la notion de l'infini; au point de vue religieux, c'est qu'elles sont adéquates à des notions de perfection et qu'elles reposent sur des définitions de Dieu.

Dès que l'humanité posséda la notion de l'infini, le grand problème qu'elle dut se poser à elle-même fut de le distinguer du fini.

Comment fut-il procédé à cette distinction? L'idée du rapport du fini et de l'infini se présente à nous sous un grand nombre d'aspects et revêt une multitude de formes — le nombre et l'unité, le nécessaire et le contingent, le relatif et l'absolu, la quantité et la perfection, le phénomène et la substance, etc.. — Mais il est toujours facile de ramener tous ces couples secondaires à trois types convenablement choisis. S'il est un phénomène digne de fixer l'attention et capable de jeter quelque jour sur les plus profonds mystères de la nature humaine, c'est la nécessité par laquelle notre esprit saisit toute réalité sous trois aspects irréductibles. C'est ainsi que la matière nous apparaît sous trois dimensions; nous ne saurions en concevoir une déplus, et dès qu'une de ces dimensions disparaît, la réalité disparaît avec elle, et nous n'avons plus devant nous qu'un être de raison, la surface mathématique ou la ligne. C'est de cette fatalité de notre nature que découle la possibilité de rapporter à trois axes distincts tous les mouvements et tous les points dans l'espace. Dans l'étude d'un phénomène le choix de ces axes n'est point indifférent et peut

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