‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 126 sur 228 · LIVRE P*. SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE P*. SITUATION RELIGIEUSE

favoriser singulièrement les recherches et la simplicité apparente des solutions. Il en est de même dans la question religieuse des rapports du fini et de l'infini. Les trois catégories auxquelles il semble plus convenable de rapporter toutes les idées de cet ordre, celles qui se conçoivent avec le plus de facilité et que les hommes ont d'ailleurs historiquement adoptées comme axes de leurs théodicées, sont les catégories :

De cause et d'effet,

D'abstrait et de concret,

De sujet et d'objet.

L'étude théorique et pratique de ces trois catégories fut la mission des trois grandes périodes de la civilisation.

Pendant la première époque, les hommes expérimentèrent et spéculèrent sur le couple de la cause et de l'effet; pendant la seconde, sur celui de l'abstrait et du concret ; pendant la troisième, sur celui du sujet et de l'objet. Voulant séparer d'une manière absolue l'idée de fini de celle d'infini, ignorants eux-mêmes et ne sachant pas que le mal n'est que l'ignorance et que l'erreur est un néant, ils voulurent lui trouver une réalité et l'opposer à la perfection. Dans les termes opposés des couples dont nous parlons, ils virent l'origine du bien et du mal, l'être du mensonge et celui de la vérité, Je diable et la Divinité. Faute de pouvoir redresser les cercles de la sphère universelle et résoudre ces formidables antinomies filles de l'antinomie première (le fini, l'infini), ils tranchèrent le nœud gordien qu'ils ne savaient dénouer et ne craignirent pas de couper en tronçons le serpent éternel.

L'Inde fit son Dieu de la cause première et vit le mal dans la création même.

La Chine prit le parti contraire.

Ce fut l'époque indo-chinoise.

Un second coup dut séparer l'abstrait du concret, l'un fut le Dieu de l'Egypte et l'autre celui de l'Arie.

Enfin la Grèce fit son Dieu de l'objet, et les chrétiens en firent le diable, tandis qu'ils faisaient leur Dieu du sujet.

L'histoire philosophique des civilisations n'est ainsi que le récit des trois principales brutalités dont l'absolu fut la victime.

Si l'on pousse à sa dernière limite l'idée de cause, on arrive inévitablement à l'idée d'une cause première qui est à la fois sa cause et son effet ; il en est de même si l'on pousse à la dernière limite l'idée d'effet.

Au sujet des deux autres catégories on ferait une remarque analogue.

Les termes qui composent ces couples se supposent donc inéluctablement, et bien qu'ils se présentent à l'esprit sous des formes contradictoires, ils jouissent de la propriété de se recréer l'un l'autre et de s'appeler invinciblement.

Détruire l'un des termes, c'est donc détruire celui qui lui est opposé ; en développer un, c'est nécessairement développer l'autre.

Ce théorème suffit pour expliquer la décadence nécessaire des civilisations, c'est-à-dire de toutes les sociétés basées sur la diabolisation d'un de ces termes et la

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