‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 129 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

les catégories d'abstrait et de concret, de sujet et d'objet ; mais, par cette transformation, elles se trouvent rapportées à l'homme, qui devient ainsi le centre de tout et le point de départ commun. Le choix d'une telle origine est éminemment favorable, et c'est à ces groupes que correspondent les principaux systèmes religieux.

Les hommes à la recherche de cette vérité fondamentale, la distinction du fini et de l'infini, ou, pour mieux dire, du nécessaire et du contingent, supposèrent tout d'abord que l'un de ces groupes était régi par des lois nécessaires, était d'essence divineen un mot, et que tous les phénomènes qui se produisaient dans le groupe complémentaire étaient au contraire contingents et finis.

Cette distinction était de la plus haute importance. L'homme ayant la conscience de l'infini et du fini, de la nécessité et de la liberté, devait en effet tirer de cette connaissance les plus grandes conséquences; il devait ainsi connaître ce qu'il y avait en lui-même et dans la nature d'éternel où de passager ; il devait ainsi savoir dans quelles limites et dans quel ordre il était soumis à des lois immuables et supérieures à lui ; dans quel ordre il trouvait au contraire des lois modifiables par son action et inférieures à l'essence infinie qui se manifestait en lui ; dans quelles limites enfin il pouvait agir sur les phénomènes et modifier ces lois.

L'homme espérait acquérir la science de sa faiblesse et de sa force, de ce qu'il pouvait et ne pouvait pas, déterminer enfin les limites du libre arbitre et de la fatalité, du droit et du devoir, du bien et du mal .

Au point de vue de l'histoire et de la philosophie, quel est en effet le droit et quel est le devoir?

Le droit, c'est la liberté d'obéir aux lois nécessaires qui dominent la nature ou l'âme humaine; le devoir, c'est d'agir sur les lois inférieures de manière à rendre leur action conforme dans le temps à celle des lois éternelles et parfaites.

Ces suppositions sur la nature de l'infini qui doivent amener de ai grands résultats, ce sont les religions : ce sont de véritables hypothèses.

Mais, dans Je choix de ces hypothèses, les hommes ne se laissent point déterminer par le hasard ; agir ainsi dans de telles questions serait une étrange folie. Ils rassemblent donc toutes leurs observations, toutes leurs connaissances, et c'est de la comparaison de tous ces éléments qu'ils déduisent cette séparation des choses et des lois parfaites, et de3 choses et des lois imparfaites. C'est ainsi que se construit le dogme. Ce dogme religieux n'est donc que le couronnement de tout un édifice philosophique, ou plutôt la forme définitive, la dernière • expression de la philosophie d'une époque. C'est enfin une synthèse en espérance, mais qui n'est encore qu'une hypothèse jusqu'à ce qu'elle ait été vérifiée par l'expérience.

Cette grande expérience qui doit faire connaître si les hommes ont enfin acquis la connaissance de la vérité, cette expérience qui doit justifier la science humaine devenue religion et que Ton pourrait appeler la vérification de Dieu, c'est la société.

Si la religion est vraie, le système social qui en découle logiquement détermine le code vrai des droits et

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