LIVRE I«. LES POUVOIBS ET L'OPINION
moments d'une révolution ; les royalistes en 1815, les libéraux en 1830, les réactionnaires après les élections de mai en ont donné de bien autres exemples. Il est d'autant plus extraordinaire que ces derniers soient tombés dans de telles maladresses qu'ils en avaient tiré tout récemment un grand parti contre les hommes de mouvement. Ils avaient montré la direction des affaires appartenant à quelques associations de camaraderie exclusive , la France, devenue le patrimoine d'une coterie, et traitée comme un pays conquis.
Quelque exagération qu'il y eût dans de pareils tableaux, la nation résolut de montrer qu elle n'appartenait jamais qu'à elle-même. Cet esprit d'indépendance et de fierté, qui rompait avec toute tutelle, quoiqu'il agit actuellement contre eux, remplit de joie le cœur de tous les véritables révolutionnaires. La réaction venait ainsi d'éveiller le juste sentiment de la souveraineté nationale; elle ne s'en est point rendu compte, mais tôt ou tard elle s'en apercevra. Quelque fût d'ailleurs l'excès d'une si légitime susceptibilité, le motif en est trop honorable pour que nous voulions y chercher quelque chose à blâmer.
Ainsi, la France s'irritait à la seule apparence qu'elle pût se laisser imposer quelques hommes, se laisseraitelle imposer quelques idées? A la question ainsi posée, certes, la réponse était facile.
Jamais, peut-être, il ne fallut moins d'intelligence pour comprendre une situation.
Eh bien! des hommes intelligents, habiles, venaient de voir le danger de cette première tentative, bien légère, bien timide, bien inoffensive cependant. On allait en
juger! Eux-mêmes venaient de contribuer à toutes les conséquences d'une telle faute; ils n'en ignoraient aucune!
Qu'allaient-ils faire? Ils allaient tenter la seconde! Et, pendant ce lemps , que faisaient leurs adversaires?
Ils descendaient dignement du pouvoir, ils quittaient leurs fonctions, et, rentrant avec calme dans la vie privée, ils donnaient un éclatant démenti à l'accusation sous laquelle ils avaient succombé.
Quels étaient les habiles? Auxquels appartiendrait l'avenir?
Il y a d'étranges aberrations, des aveuglements insensés, d'inconcevables fatalités.
Un grand ministre, regretté de sa nation et du monde, vient d'achever une carrière dont les derniers actes ont certes été les plus importants et les plus glorieux.
A deux reprises, on le sait, lors du bill d'émancipation des catholiques et lors de l'abandon du système protecteur, Robert Peel, un tory, après avoir longtemps combattu ces grandes modifications à la constitution économique et morale de l'Angleterre, prit tout à coup une initiative éclatante. Dès qu'il eut compris la force et l'accord de la volonté populaire, et de cette nécessité qui découle des lois naturelles du progrès, il n'bésila plus, et plaçant à la tète du mouvement le parti de la résistance , il accomplit dans la paix et la conciliation ces grandes réformes qui semblaient ne pouvoir être achetées qu'au prix d'une révolution ; il sut ainsi faire,