LIVRE I w . SITUATION RELIGIEUSE
Aujourd'hui l'Angleterre est sérieusement menacée par la réaction catholique. Si ce mouvement n'est pas vaincu, la séparation de l'Eglise et de l'Etat devient inévitable; la constitution anglaise s'écroulera d'un souftle comme un château de cartes. Il'est étrange que ce soient les conservateurs qui s'agitent pour amener cette destruction de la seule organisation durable et conservatrice de l'Europe occidentale. Les habiles hommes d'Etat de l'Angleterre n'ignorent point les conséquences révolutionnaires de l'invasion du catholicisme en ce pays, et ce n'est point sans de graves motifs qu'ils ont fait à ce sujet violence à leur libéralisme habituel.
Quant à Rome, indépendamment de l'orgueilleux es* poirqui lui servait de but et d'idéal, elle avait, parl'Etrurie, conservé quelque chose de l'Egypte et portait ainsi le germe de la force et de l'éternité que la mère des sphinx a mis en Moïse et dans tout ce qu'elle a touché.
Nous venons de constater une des causes générales de la décadence des religions, le protestantisme. Il est facile, par une comparaison, d'en faire apprécier le caractère. D'une religion découle un système social, ce système est comparable au plan d'un édifice ; cet édifice réalisé, c'est la société. Le protestant est celui qui, mécontent de l'édifice, en critique les constructeurs et veut le modifier, il est ainsi fatalement conduit à critiquer le plan lui-même et bientôt l'idée fondamentale de laquelle il fut déduit.
Dans la société moderne, cette marche est aussi claire que possible : critique de la hiérarchie cléricale, cri-
tique du catholicisme, critique du christianisme; c'est-àdire séparation des pouvoirs, liberté d'examen, liberté de conscience.
Or je l'ai déjà dit, mais je ne saurais trop le redire et je veux le répéter à satiété :
Liberté de conscience, c'est la négation de la société tout entière, c'est une révolution radicale et sociale.
Supprimer la liberté de conscience et conserver la liberté d'examen, c'est un non sens, une absurdité, à la fois niaise et violente, que nulle force humaine ne saurait maintenir.
Supprimer la liberté de conscience et la liberté d'examen et maintenir la séparation des pouvoirs, c'est-à-dire substituer dans les principes gouvernementaux l'intérêt social à l'idée religieuse, la raison d'Etat à la révélation et à la foi, c'est rétrograder jusqu'aux formes des petits Etats de la Grèce; c'est pis encore, car, en même temps qu'on matérialise ainsi la pensée sociale, on persiste à professer des idées religieuses spiritualistes ; ainsi la contradiction rend même impossible ce recul dans le passé, et ces tentatives misérables ne peuvent aboutir qu'au chaos.
Il faut donc choisir entre la donnée sociale de Grégoire VII et le dogme nouveau ; cela est dur, je le sais, on aimerait mieux attendre, mais il le faut.
Voilà la formule :
Spiritualisme, catholicisme, Eglise et papauté; ou bien, panthéisme, socialisme, humanité, liberté.
Voilà l'arbre, la poutre géante que vous pouvez jeter sur les rails où vole le convoi de l'avenir. Ce serait un noble obstacle, un assaut digne de nous et de ce passé