LIVRE 1". SITUATION RELIGIEUSE. J
qui s'oublie» un dernier effort, une terrible agonie, et longtemps il en serait parlé.
Allons donc I vous ne l'oserez jamais ! Quant à vos aristocraties de vingt-quatre heures, à vos grands seigneurs d'écus, à vos dynasties, à vos principicules, nous en rions en passant : la locomotive a des chasse-pierres.
Je viens de dire comment le protestantisme arrive, en partant de la critique de la société, à nier l'idée religieuse. Je veux dire maintenant comment la science et la philosophie en viennent à leur tour à nier la religion.
J'ai dit que la fonction d'une religion était de déterminer, aux veux des hommes, les caractères de l'infini par rapport à ceux du fini, de distinguer ce qui était nécessaire et divin de ce qui était modifiable et accidentel.
J'ai remarqué que tous les phénomènes se rangeaient dans un petit nombre de catégories générales; il est inutile que je prouve que l'attribution des idées de perfection et d'infini à une seule de ces catégories, à l'esprit ou à la matière, par exemple, ce qui constitue le spiritualisme ou le matérialisme purs, conduisait les hommes à un véritable suicide ; de telles doctrines ne pouvaient constituer une société ni une religion durable ; cela devient évident pour peu que l'on veuille réfléchira leurs conséquences; souvent on a tenté de les produire dans le monde, elles n'ont conduit qu'à des résultats impossibles et* monstrueux. Tels sont les yoguis et les fakirs de l'Inde.
Il est cependant nécessaire de faire une exception pour la force. En raison du double caractère animique et naturel sous lequel elle se présente, l'adoration de cette catégorie constitue une espèce de panthéisme embryonnaire compatible avec l'association humaine; mais, par une sorte de dégénérescence de cette idée religieuse, l'adoration de la toute- puissance et de la force a conduit tour à tour les juifs, les romains et les mahométans à voir la fatalité d'abord en Dieu, puis dans la société, enfin dans l'individu. Ainsi finit un système que sa simplicité même a toujours doué d' une grande puissance de conservation et d'immobilité ; il se rattache à l'Egypte, dans le Coran par la Bible, à Rome par les livres étrusques, et chez les juifs par Moïse.
Mais les grandes religions qui firent progresser l'esprit humain sont d'une nature plus compliquée, elles se rattachent à ces groupes que nous avons indiqués. Prenons la première division.
Les catégories simples : l'esprit, la matière.
Les catégories complexes : l'àme, la vie.
Que ces abstractions, l'esprit, la matière, soient pour nous des principes nécessaires, qu'ils soient irréductibles; le bien et le mal existent, qu'ils soient Ormuz et Ahriman, qu'ils soient ennemis, que de leur lutte naissent l'àme et la vie, que la force qui agite tous les êtres soit l'expression de cette lutte, que les sentiments et les sensations, l'organisation et le mouvement en soient les péripéties et les formes ; que dans cette lutte Ahriman doive être enûn subalternisé, que l'homme doive aider