‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 135 sur 228 · LIVRE I». SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I». SITUATION RELIGIEUSE

substance de l'âme, à son immortalité; sa conclusion était inéluctable ; mais de la Grèce, de ses constitutions et de ses dieux il ne restait plus rien, et la fatalité n'était plus.

L'étude des sciences physiques produisit dans la chrétienté le même résultat. Bientôt jaillirent de toutes parts des lois nécessaires, et la nature s'imprégna tonte entière de la Divinité. Aujourd'hui les lois physiques nous apparaissent avec des caractères aussi absolus, peutêtre plus absolus que ceux des lois morales; les unes ne nous semblent pas plus modifiables ni plus accidentelles que les autres. Les mêmes motifs qui militent en faveur de l'immortalité de la substance spirituelle, militent en faveur de l'immortalité de la nature. Ainsi deux substances s'affirment également et se limitent dans l'infini, la philosophie de la nature s'oppose à la philosophie du moi, nous retombons dans le dualisme ario-égyptien que nous savons impossible, et nous ne pouvons y échapper que par l'hypothèse de l'unité de ces substances, c'est-à-dire par le panthéisme. Ainsi se trouve encore détruit par la science moderne le système entier de notre société, de ses institutions et de sa religion. De ce système social il ne reste plus rien, et la fatalité chrétienne, le miracle, nous semble désormais impossible et disparaît avec lui.

Voilà notre situation. Elle est périlleuse, et ce n'est pasen fermant les yeux que nous pourrons nous sauver. Le danger est immense, et ce n'est pas en nous trompant nous-mêmes à plaisir que nous pourrons le conju-

rer. Il demande l'union de tous les courages et de toutes les intelligences. Et ceux-là, je n'hésite point à le dire, qui s'efforcent dévoiler nos plaies pour s'éviter la peine de les guérir, ceux-là qui s'étourdissent et se mentent sont des niais ou de mauvais citoyens; ils sont aveugles ou indifférents au sort de tous. Hélas ! je me trompe, ils sont lâches, et dans leur frayeur, comme l'autruche qui se cache la tète, ils ne veulent qu'oublier un instant et traitent en ennemi quiconque veut les réveiller de leur torpeur.

Cassandre, je le sais, est toujours mal venue ; et quelque haine s'attache au messager qui vient annoncer le péril. Mais quand je vois l'incendie qui commence, mon devoir est de sonner le tocsin, et, quoi qu'on pense ou qu'il advienne, je n'y faillirai pas.

Il est de mode aujourd'hui d'affirmer que le mouvement scientifique n'est point destructeur de l'idée religieuse. C'est là un des moyens d'aveuglement que je viens de caractériser. On se console avec ce mensonge, on en prend l'habitude, on veut l'accepter sans réfléchir. Comme au lit d'un mourant il est de bon goût de ne point parler de la maladie ni de la mort. C'est là un symptôme fatal, et ce n'est qu'à l'heure de l'impuisr sanco et du découragement que l'on se laisse aller à nier ainsi le progrès du mal. Eh bien! que l'on accepte ces consolations désespérées, que l'on dorme sur cet oreiller menteur, et le réveil sera terrible.

Ah ! quand l'Eglise avait encore quelque puissance et quelque énergie; quand, pour adoucir son dernier jour, elle ne se berçait point d'illusions trompeuses, elle n'agissait point ainsi. Dès que la science eut cessé de bé-

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