‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 141 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

Voyez l'art, imitez-le; il était en route; en si bon chemin, il ne s'est point arrêté.

On s'aperçut bientôt que lorsque les caractères de la nature étaient saisis et rendus, ils étaient toujours dans une admirable harmonie, il s'en exhalait un sentiment, ils renfermaient une âme , ils exprimaient un type , ils avaient une unité.

De même, quand le type était créé, l'ensemble des caractères par lesquels il était réalisé devenait l'expression même de la nature et de la vie, l'expression de la beauté. Si bien que les formes les plus parfaites et la beauté même furent considérées comme le résultat de la réalisation de l'idée pure; et telle est l'origine et le sens de ce mot, l'idéal, appliqué à la sculpture antique. Ainsi dans les formes habitait une idée, ainsi l'idée régénérait la forme , ainsi sous le mouvement et la vie se cachait le sentiment, ainsi le sentiment réalisait incessamment le mouvement et la vie; si bien que l'on en vint à dire qu'il y avait du sentiment dans un paysage, du mouvement dans une mélodie, et ceci n'était point une figure, cela était une réalité.

Telle est la troisième époque de l'art, telle est sa forme la plus complète et la plus élevée; désormais il n'appelait plus une synthèse future pour accorder des conceptions ennemies, des tendances opposées ; l'antinomie était vaincue, la synthèse était faite, et, qu'on le voulût ou non, dans Fart, le panthéisme était proclamé.

Sous cette forme nouvelle, l'art est essentiellement destructeur de toute religion exclusive, et l'on a sou-

vent constaté qu'un tel développement esthétique concorde toujours dans l'histoire avec la décadence des dogmes et le commencement du protestantisme et de la philosophie.

Dans notre société, cette concordance est hors de doute, et je ne connais point de synchronisme historique plus éloquent que celui de la réforme et de la renaissance des lettres et des arts.

Dans la recherche des types et des caractères, l'art ne sort point des catégories dont il veut exprimer l'essence ou les formes. Il montre dans ces catégories la perfection et l'harmonie, mais il ne démontre point leur commune origine et leur unité. En le maintenant dans la ligne qui s'accorde avec le dogme, l'art peut donc aider au culte, il doit même s'identifier presque avec lui.

A cette époque , l'artiste rend les formes par des formes, la pensée par la pensée, etc. A ce point de l'art enfin, la sculpture est la langue des formes, la poésie, celle des idées , la musique est la langue des émotions et du sentiment , la peinture, la langue du mouvement et de la vie; alors la musique et la poésie sont les expressions de l'âme, du moi; les arts plastiques sont l'expression de la nature.

Quand l'art s'est fait franchement panthéiste, il n'en n'en est plus ainsi ; c'est alors avec la langue du cœur et de l'esprit qu'il aime surtout à rendre les formes et la vie; c'est avec les agitations de la nature, c'est avec la lumière, avec les formes qu'il aime à rendre les agitations de l'âme et les types immobiles en lesquels s'est reposé l'esprit.

C'est ainsi qu'il devient le culte du Pan, la giorifi-

Page 1