‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 149 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

lois et de la rigidité des mœurs. Les sens seuls étaient libres; il dut chercher en eux ce qu'ils ne pouvaient donner. Bientôt ils furent brisés, anéantis ; le Romain chercha toujours. Le cirque, ia mort, les tourments forent en vain appelés à son aide, il fallut chercher encore. Pauvre homme! il avait fouillé le monde, il avait tout essayé, l'idéal fuyait toujours; en vain il appelait le repos , à sa place il n'avait trouvé que le néant; il avait tout épuisé, le plaisir et la douleur, les larmes , le sang et la folie. Où donc était l'amour? quelle était donc cette faim inassouvie , ce mirage et cet espoir menteurs, ce rêve insensé? quel était donc ce bonheur inconnu dont il allait mourir, cette chimère si longtemps poursuivie? Pauvre homme! il n'avait oublié qu'une chose, une seule chose : il avait oublié son âme.

Ainsi , loin que la force et la stabilité des lois et des idées eussent sauvegardé les peuples , cette lutte , née d'un désir légitime, fut d'autant plus affreuse, et les aberrations humaines furent d'autant plus horribles que les conditions de l'ordre, c'est-à-dire la force et la stabilité des institutions furent plus grandes.

L'esprit de démoralisation fut toujours à la hauteur de la puissance de conservation. Les principes sociaux ne répondant plus aux besoins , plus ces principes surent se maintenir, plus s'exaspérèrent les symptômes hideux de ce combat entre les mœurs et les lois.

L'âme demandait à vivre, ni la société ni les sens ne savaient ni ne pouvaient la satisfaire; et que ce fût Athènes, Sparte, Rome; que ce fût à travers des fleurs, de la fange ou du sang, les hommes, impuissants et

désespérés, appelant en vain leur idéal, s'en allaient à l'abîme. Alors le christianisme vint.

J'en ai dit assez, trop peut-être, et je veux montrer dans le monde moderne la contre-épreuve de ce triste et désolant tableau.

vn.

Le dogme chrétien étant spiritualiste, était impuissant à fonder seul une morale. Quelles conséquences l'esprit humain allait-il en effet tirer d'une telle donnée?

«Evidemment ces formes qui doivent périr, que l'être a tirées du néant, qui doivent y rentrer, qui ne sont que par un miracle incessant , ces formes ne sont point; elles ne sauraient être. L'univers est une apparence qui nous trouble, nous domine, nous empêche d'arriver au souverain bien et de contempler la vérité absolue. Cela seul, qui est immuable en nous, est éternel ; cela seul est parfait : tout ce qui change, tout ce qui passe, tout ce qui aime, comprend ou veut ce qui est changeant ou passager; tout cela est mauvais, tout cela est l'illusion, le rêve , l'ombre qui voile l'infini. »

De là à la haine du monde , des phénomènes , des hommes, des passions, des sens, des désirs, il n'y a qu'un pas ; la logique intraitable le fait toujours , et d'elle seule l'homme ne saurait se défier, car elle est l'expression absolue de l'amour de la vérité pure.

Ah! criait l'adorateur de l'esprit, le saint brahmane aimé deBaghavà, l'ascète indien; ahl Vischnou, Vischnou , conservateur sans lin, esprit originel, quand? quand et comment serai -je dégagé des filets de Maïa, l'illusion créée, trompeuse et mortelle? Quand saurai-

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