‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 151 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

s'abîme devant sa noblesse et sa simplicité, sa grandeur et sa majesté ; mais je dois constater sa force.

Quand un cœur a reçu dans toute sa pureté cette religion harmonieuse et sévère, ne cherchez pas à l'en chasser. C'est inutile, vous ne pouvez convaincre le chrétien ; il ne vous écoutera pas, ne cherchera pas à penser; il sait qu'il ne peut comprendre; il n'a pas besoin de vous répondre, il sait qu'il ne peut prouver. Ce sont les premières conséquences de sa foi : il croit au mystère. Cette étude du bien et du mal et de l'origine des choses, ces audacieux élans de l'esprit ne voyant plus que luimême, n'entendant plus que le bruit de ses ailes, seul dans le silence, calme dans la nuit, à la recherche de l'absolu ; ces efforts sublimes du fini à la conquête de l'infini, cette révolte des yeux contre l'obscurité, de la vie contre la durée ; cette volonté fière du jour et de l'éternité : tout cela, c'est un crime, le premier crime, Y orgueil. Et, si le chrétien s'oublie, si la discussion l'entraîne, s'il doute, s'il vous croit, si vous l'avez convaincu, vous le quittez; vainqueur? vous le croyez, du moins. Vous n'avez rien fait. L'orgueil a trompé les premiers hommes, il était prévenu. Ces combats, que livre la croyance qui naît à la croyance qui s'éteint, ce trouble nécessaire, ce doute, cette lutte de l'ange et d'Israël, c'est la nuit, c'est la douleur, et, dans son âme, c'est l'enfer qui commence. L'orgueil a perdu Satan, l'orgueil le perd, il gémit, il s'incline, il est chrétien : vous êtes vaincu. Désormais il sait ce qu'il en coûte de lire vos livres, d'écouter vos discours; il ne lira plus, n'écoutera plus ; vous le tentiez 1

Ainsi tout est prévu ; la défense est assurée, la retraite

plus assurée ; l'ennemi terrassé plus fort qu'avant sa défaite, et la raison s'étonne de cette résistance toujours la même, et toujours nouvelle.

Aussi tant que le christianisme répondit aux besoins sociaux, tant qu'il ne put être attaqué que par le raisonnement, il fut invincible. Pour devenir invulnérable, il lui avait suffi de nier l'autorité de la raison. Cette grande doctrine fut vaincue par elle-même; elle enfermait le germe de sa décadence. Ce germe, en se développant, l'a détruite. En se débattant, contre elle-même, elle a abandonné les remparts inexpugnables de son dogme. Aujourd'hui elle n'est plus reconnaissable, elle est en pleine dégénérescence. Faut-il la reconstruire? Efforts inutiles. Ses ennemis sont maîtres des positions qu'elle a perdues ; et puis les morts vont vite, et la tombe est avare.

Ce germe de désorganisation qu'enfermait en luimême le christianisme, était précisément cet abîme qui séparait le dogme et la morale. Ainsi la cause de sa force de résistance contre les ennemis du dehors était précisément celle de sa faiblesse au dedans. En ce sens on peut dire que ses adversaires n'ont fait qu'aider à sa chute. 11 a cette gloire d'avoir surtout été vaincu par luimême.

Il arrivait en effet que selon que les hommes étaient plus ou moins influencés par la morale ou par le dogme, ils étaient entraînés dans deux voies presque opposées : on le vit bientôt dans les disputes qui s'élevèrent au sujet de la^procession divine et de la grâce. La première

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