LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE
rent, les murs des églises et des couvents se tapissèrent de tableaux hideux de supplices, un instrument de torture dessina le palais des rois, et tout un peuple chercha l'amour de Dieu, du bonheur et du calme éternel, du repos infini, dans l'arsenal des bourreaux. Enfin sainte Thérèse fut offerte en exemple aux fidèles! Sainte Thérèse! Bacchante sacrilège, convulsive, tremblante, et les yeux abattus, couchée sur le corps de son divin amant, les lèvres frémissantes, pâle et fouillant au fond de ses blessures pour y trouver du feu, du sang et des baisers !
C'était assez pour tuer un peuple ; ainsi finit Rome, amante de la douleur. Elle était grande, elle périt coupable d'un même crime. L'Espagne alors était grande,* courageuse, loyale, reine sur les deux mondes, reine sur les mers. Sa gloire illuminait la terre, son jeune empire semblait devoir l'enserrer, elle semblait le mériter.... Quelques jours encore et ce peuple n'était plus. Sa gloire est son remords, son empire était un songe, rien de ce qu'il a fondé na vécu ! Il tombe ! sans héritier, sans éclat, sans vertu, sans honneur. Il avait aimé la mort ; tout de lui, tout appartient à la mort.
C'est ainsi que la chrétienté perdit les plus beaux joyaux de sa couronne !
0 saint Antoine ! saints des thébaïdes, anachorètes qui fuyiez les mêmes crimes au désert ! Lorsque ces sombres images des vierges chrétiennes déchirées par le fer des bourreaux, venaient, plaintives dans la nuit, errer sur votre couche, et soulevant de leurs bras défaillants vos tètes endormies, versaient sur votre front leur dernière larme, exhalaient sur vos lèvres leur dernier soupir! Ah I vous le saviez, que c'était là l'œuvre du démon.
Digitiz
Vous saviez que l'aspiration à l'intelligence infinie vient *le l'esprit et ne vient point des sens. Hommes de Dieu, dont le maître était mort pour arracher vos frères à ces hideux amours, qu'eussiez- vous dit si le mirage du désert déroulant le tableau de l'avenir, vous aviez vu vos tentations adorées de votre peuple, et la chrétienté mourant de ce mal dont Rome expirait sous vos yeux?
L'Angleterre, la Suède, l'Allemagne échappèrent par la réforme à ce danger ; et ce fut la première préoccupation des docteurs protestants. Ils proscrivirent unanimement le culte de la Vierge et des martyrs, et sauvèrent ainsi tout le nord de l'Europe du sort réservé à l'Espa- *gne et à l'Italie. Mais s'ils conservaient ainsi l'esprit moral de la doctrine, par le droit d'examen ils anéantissaient son œuvre, ils en brisaient toute l'unité sociale, et l'Angleterre seule sut parer à cet inconvénient par l'établissement d'une véritable papauté politique à son usage. Telle est la cause unique de la stabilité de sa constitution, et de sa force de résistance à l'esprit de la révolution moderne.
Mais, dans ce moment critique, ce qui fut vraiment sublime ce fut l'Eglise de France. Ce mal qui devait envahir la catholicité ne se montrait pas pour la première foisdans l'Eglise ; il lui était inhérent, et dès les premiers jours saint Jean l'avait emporté du monde et l'avait enseveli dans les grottes de Pathmos. Jusqu'alors il avait rencontré des juges sévères, et d'intrépides défenseurs du dogme l'avaient combattu; Paul avait presque repoussé Jean de l'Eglise. Triste et- séparé pour longtemps du