LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE
monde, l'esprit du disciple bien-aimé s'élançait dans l'avenir et dictait une prophétie mystique ; Augustin, coupable d'abord, avait bientôt reconnu ses erreurs; saint Bernard venait d'étouffer sous l'anathèrae la pensée d'Abeilard; plus tard Bossuet devait écraser Fénelon.
Tout le clergé français suivit la ligne dé ces grands hommes, colonnes de granit sur lesquelles s'appuyait l'Eglise. Prêtres, évêques, universités, facultés savantes, tous furent unis pour arrêter un envahissement funeste. C'est une des plus grandes gloires de la France ; à vrai dire, c'est la cause de toutes ses gloires.
Ces hommes fermes et vénérables refusèrent tout pacte avec l'iniquité. L'Eglise attaquée de toutes parts dut veiller à sa défense ; ils crurent qu'elle n'était possible que dans la droiture et dans la vérité. Rome corrompait la doctrine, la Réforme en brisait l'unité ; ils combattirent à la fois Rome et la Réforme. Bientôt l'esprit du temps entraîna les hommes vers un dogme inconnu ; ils laissèrent fuir les hommes et restèrent immuables dans leur foi. Les peuples ne croient plus par l'intelligence, leur criait-on, ils croiront par l'amour, et l'amour vient des sens. Ce sont là, répondaient-ils, des secrets infâmes, et l'Eglise de Dieu ne les connaît pas. Nous avons reçu du Seigneur ce peuple à instruire, à élever dans l'amour du juste et dans la haine du mal : nous l'instruirons, et nous l 'élèverons ainsi. Pour être puissants nous ne corromprons point ; et si l'Eglise de France doit périr, nous remettrons entre les mains du Sauveur son épouse immaculée; car nous n'auronspoint permis qu'elle soit souillée.
Hommes glorieux, dont le calme avenir, juste et reconnaissant, honorera la mémoire !
C'est là sans doute le plus grand exemple qui jamais ait été donné au monde. On ne trouve dans aucun temps, chez aucun peuple, rien qui puisse lui être comparé. Les hommes ont donné pour la vérité des preuves éclatantes de dévoûment; mais leur constance était soutenue par l'espérance du triomphe et par l'appui de tous ceux qui défendaient la même cause. Mais, vivre pendant des siècles, élever des générations pour qu'à mesure chacune se tourne contre vous ! Donner à des hommes l'amour du vrai, de l'unité, la conscience de l'infini, pour que ces hommes tournent ces forces puissantes contre vous ! Voir tous vos amis vous abandonner; tous, vous montrer un moyen de salut; vous montrer l'Espagne et l'Italie aux pieds de leurs prêtres, et refuser ces moyens par cela seul qu'ils sont coupables ! Avoir cette excuse que l'on va les employer pour l'amour de Dieu, et ne jamais succomber à cette tentation î Discerner toujours le bien du mal, et continuer sans espoir à répandre la lumière et la force sur les hommes ! Succomber enfin quand on les a reudus assez forts pour vous renverser, assez éclairés pour marcher seuls ! Tel fut le sort de l'Eglise de France.
Les oratoriens la secondèrent dignement dans cette oeuvre de courage et de dévoûment sublime. Généraux, savants, artistes, philosophes, historiens, tous leur avaient passé par les mains, de tous ils avaient élevé l'enfance, enseigné la jeunesse, à tous ils avaient