‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 165 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

donné l'amour des hommes, celui de la justice et de la vérité ; aussi pendant des siècles chaque génération fut remplacée par une génération meilleure; la France, sous l'égide de cette mère auguste, marchait d'un pas souverain vers sa liberté, et jusqu'à 1815, des hommes de fer, aux cœurs généreux, aux vues nettes et précises, à l'action rapide, au sens droit, ont ébloui le monde étonné. Ils avaient gardé la notion pure de l'absolu. S'ils ne croyaient plus au Christ, ils ne croyaient point à l'indifférence ; s'ils avaient cessé de croire à l'ancienne vérité, ils cherchaient la nouvelle, ils la cherchaient sans trouble et sans crainte, et nul d'entre eux n'eut osé dire qu on pouvait vivre sans elle. Elèves du gallicanisme, ils ne savaient point l'art de remplacer la foi par l'hypocrisie, ni l'ignorance par le mensonge. Ils estimaient que tromper les hommes était un grand crime, digne d'un grand mépris; que tromper Dieu était une étrange folie ; mais ils n'imaginaient point que l'on pût se mentir h soi-même, et l'idée d'une telle lâcheté de l'esprit et du cœur leur semblait un outrage gratuit à la conscience humaine.

Ah! certes les enseignements de l'Eglise gallicane n'étaient point la vérité, mais ils étaient la sagesse, parce qu'ils enfermaient l'amour de la vérité. S'ils étaient insuffisants à conduire le monde et s'ils devaient cesser, ils préparaient l'avenir et remplissaient les cœurs d'une noble harmonie. C'est que tout, l'amour et la vie, tout s'enferme entre vous : esprit, force, étendue! c'est qu'il n'est d'autre devoir que de vous poursuivre

et de vous réaliser. De vous émanent Jes actions et les sentiments des hommes, actions et sentiments vers vous, vérité, force et beauté, doivent tendre toujours. Heureux, s'ils vous ont rencontrés ! car, il n'est que trois vertus, que trois gloires, être loyal, être fort, être beau.

La gloire et la vertu de l'Eglise de France, sa seule passion et dans son peuple la seule récompense de ses soins, ce fut la loyauté.

Il est bon de le redire et de ramener souvent la pensée vers nos pères, car cette gloire, nous l'avons perdue. Il faut la retrouver, la reconquérir, la rendre à nos enfants. Sans elle, il n'est que danger dans le présent; dans l'avenir, il n'est que ruine. Cette nation grandit par la franchise et l'honneur, elle ne périra que par le mensonge. À cet amour du vrai, que notre éducation nationale nous a rendu nécessaire, pour accomplir le progrès il faut unir d'autres amours; mais pour vivre, à coup sûr, faut-il conserver celui-là; car, avec les éléments qu'elle renferme dans son sein, avec son éducation, son passé, sans lui la société française ne peut vivre. Telle est la nécessité glorieuse et menaçante que lui ont faite les instituteurs de sa jeunesse. Aussi, tout homme qui ment au peuple, tout parti qui ruse et trompe, toute loi qui ment ou qui force à mentir, sont-ils pour la patrie des poisons et des assassins ; et, devant un tel crime, il faut s'élever au-dessus des sentiments individuels et des sentiments sociaux eux-mêmes pour comprendre, non pas qu'ils puissent être excusés, mais qu'ils puissent être pardonnés.

Ah! ce noble péril ne doit point être regretté; d'autres peuples n'ont point cette gloire et ne courent point

Page 1