‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 166 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

ce danger. Accoutumés au mensonge, ils savent s'en servir ou le démasquer et ne sauraient en mourir. N'envions point leur sort ! sachons seulement que nous ne pouvons les imiter. Comme Mithridate, ils sont habitués au poison. Si nous n'en pouvons boire, c'est la faute de notre mère, elle nous aimait trop et ne nous en a pas versé.

Et maintenant, ardents et voyageurs, libres, loin du nid, ne le maudissons pas quand nous avons des ailes, et n'oublions jamais ce qui fit notre force avant notre liberté.

On ne peut songer sans respect à cette noble éducation d'un grand peuple, sans amour à cette vénérable fermeté. Penché sur les pages où vibre la parole maternelle, une émotion large et profonde s'empare encore, après des siècles, de l'esprit qui s'unit à ce grave et lumineux esprit.

Comme aux rives d'Athènes, à la vue du Parthénon pieux, le cœur bondit et les larmes coulent en présence de ces hommes justes.

Larmes plus chastes encore et plus douces que vous, larmes de la volupté, plus puissantes, créatrices et mères comme vous.

Mères des pensées infinies et des formes impérissables, comme vous l'êtes, larmes du plaisir des êtres finis et mortels.

Ainsi, vous allez à travers le temps, emplissant les cœurs d'agitations fécondes. 0 sagesse! ô bonheur! ô beauté !

Cette noble Eglise ne pouvait souffrir de honteuse décadence. Quand l'heure des sociétés chrétiennes eut son-

né, le jour de la liberté de conscience, elle tomba d'un seul coup, blanche dans son sang, comme elle avait vécu. — 1793. — Une autre, plus tard, osa la remplacer.

De celle-ci je dirai la bassesse et les vices.

Je ne puis aller plus loin sans expliquer ma pensée ; car je ne puis souffrir qu'une interprétation passagère en fasse une calomnie même momentanée.

Par opposition à la force, je veux qualifier la faiblesse ; par opposition à l'adoration du Christ et de Jéhovah, le Dieu des armées, l'adoration de Jésus et de Marie, la consolatrice des affligés. A la doctrine de progrès qui grandit l'humanité, j'oppose la doctrine d'immobilité qui la dégrade. Au christianisme, enfin, j'oppose le jésuitisme, et loin d'avoir exagéré les qualifications que mérite ce dernier, je n'en ai peut-être point dit assez.

Mais je ne fais nulle difficulté de reconnaître que le jésuite est, dans les actes de la vie, plus sévère envers lui-même que le gallican. Loin que je considère des procès récents et scandaleux comme une preuve de l'immoralité des prêtres, je pense, au contraire, que les coupables n'ont été poussé vers ces extrémités que parce que l'esprit actuel de l'Eglise envisage avec trop de rigueur des fautes qu elle eût autrefois traitées de peccadilles excusables.

Les doctrines fortes et qui élèvent l'humanité sont douces et compatissantes aux faiblesses individuelles. Les doctrines faibles et qui s'avilissent sont revèches et pointilleuses ; elles ont besoin de la considération indi-

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