‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 167 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

viduelle pour se soutenir ; elles n'ont point confiance en elles-mêmes et se font rigoristes ou hypocrites ; elles tentent de voiler les fautes de leurs défenseurs ou bien elles les anathématisent pour n'en) point paraître responsables. Les grandes doctrines savent que teâ erreurs des hommes ne sauraient les compromettre; elles sont franches, elles n'ont pas besoin de cacher ces fautes ; elles sont indulgentes, car elles ne sauraient en souffrir, et n'ont pas besoin d'accabler les malheureux pour se justifier ; elles ont enfin la tendresse et F intrépidité du courage et de la vertu.

Quand on étudie l'action d'un corps constitué comme la hiérarchie cléricale, il est nécessaire de bien séparer le caractère de la doctrine qu'il enseigne de celui dés personnes qui le composent.

Ainsi l'on juge l'institution, l'influence qu'elle exerce, les effets sociaux qu'elle produit : c'est ce que je veux faire.

Autrement on s'expose à juger des individus, à accuser toute une classe de citoyens souvent recommandables : c'est ce que je veux éviter.

Je n'ai d'ailleurs, et personne n'a le droit de faire ainsi le procès aux actes et aux intentions des hommes, et de créer, sans mission justifiable, un tribunal secret où, dans l'ombre, l'accusateur se fait, de sa propre autorité, juge d'abord, exécuteur ensuite.

Loin que dans cette dégradation des institutions les individus soient coupables, c'est au contraire le souffle de la vie humaine qui les entraine. La vérité fait dans

leur sein des efforts incessants pour arriver au jour, ils sentent, ils comprennent ces élans divins; mais, soumis à des jugements préconçus, ils les dénaturent et veulent unir ce qui est incompatible, les besoins de l'avenir et les doctrines du passé. C'est ainsi qu'ils arrivent au mensonge et qu'ils y arrivent fatalement.

Situation horrible que cette lutte de l'espoir contre le souvenir, que cette nécessité de nier tout ce qu'on aime par tout ce qu'on affirme et d'en venir, par horreur d'un choix douloureux, à s'enfermer dans le cercle du doute, de l'ignorance et delà nuit.

Entre temps ceux-là qui sont forts, sans haine et sans fausse pitié, conduisent ce mouvement où tant d'efforts contradictoires s'annulent ; ils regardent avec tristesse les malheureux qui s'épuisent altérés d'un breuvage qu'ils tendent en vain à leurs lèvres desséchées. Ils l'offrent à tous, mais en attendant ils boivent, ils sont calmes, ils sont heureux ; et quand tout s'écroule et s'anéantit autour d'eux, seuls ils savent que leur espoir ne périra point.

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