‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 174 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

fin une plainte désolée, sans forme, sans réalité; elle gémit au milieu du monde comme le souffle du vent dans la nuit. Sous la phrase de l'école dont je parle, on n'entend qu'un seul cri, puis l'on voit briller quelque chose et ce quelque chose est toujours une épée.

J'appelle l'attention de tous les hommes intelligents et sérieux sur les tendances que je viens de constater.

Le christianisme, sa doctrine, son art, son culte, sa morale, obligés de composer avec le panthéisme qui nous déborde de toutes parts, sont définitivement tombés dans le jésuitisme, c'est-à-dire dans une alliance impossible.

Ces formes religieuses énerveront de plus en plus les âmes. C'est là le plus grand danger qui puisse menacer une société.

Peut-on vaincre ce mouvement panthéiste, et, repoussant une alliance adultère, revenir au christianisme primitif?

Qu'on le tente alors, je n'ai rien à dire. Mais qu'on se dépêche. Bientôt il ne sera plus temps. A vrai dire, il n'est plus temps déjà. L'on doit le croire, quand on songe aux efforts qu'a tentés l'Eglise de France pour résister à cette dégradation de sa doctrine et aux conséquences qu'amena son énergie.

C'est que le christianisme n'est plus possible, et le jésuitisme en est la décomposition.

Non, ce mal est l'indice d'un besoin profond, et désormais il est inutile de lutter contre ce besoin pour revenir au passé. Dans cette lutte tout espoir de vaincre sera décu.

Or si ce besoin est invincible, s'il grandit chaque jour, si tout concourt à l'exalter, il n'est plus qu'une ressource pour rétablir l'accord entre les tendances des hommes et leur idéal : c'est d'accepter la doctrine qui justifie ces tendances. Sinon, toutes les doctrines, pour devenir puissantes, voileront leurs principes; afin de séduire les hommes, elles se feront indulgentes : que disje? elles favoriseront ce qu'elles affirment détestable. Elles deviendront toutes corruptrices. Et lésâmes, insoucieuses de la justice et de la vérité, ne seront plus conduites que par l'intérêt et le mensonge.

Il est temps que l'on cesse d'inutiles et niaises attaques contre la prétendue immoralité du socialisme. Un monde tombé si bas n'a plus le droit d'injure; et c'est avec modestie, si ce n'est avec respect, qu'il doit écouter les mots qui devront le régénérer.

Il faut aujourd'hui se pénétrer de ces vérités : Que cela surtout est immoral, qui tend à détruire l'harmonie du corps et de l'âme ; que c'est une œuvre insensée que de vouloir supprimer ou modifier quelque chose dans la symphonie humaine ; enfin que le mal est surtout dangereux qui s'avance dans l'ombre à l'abri de noms respectés et de doctrines méconnues, et dont les progrès sont aussi sûrs qu'inappréciables.

Après le naturalisme qui avait affolé les sens en dédaignant les sentiments, le spiritualisme, à bout de sa tâche, affole aujourd'hui les sentiments en dédaignant les sens.

Pour comble de folie, l'un et l'autre, quand ils furent

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