‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 175 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

devenus des doctrines mortelles, se sont lâchement déguisés pour prolonger, une funeste influence. Tour à tour, quand ils ont compris que le mouvement de l'humanité l'entraînait loin d'eux, acceptant, pour dominer, une misérable contradiction, il? se sont plu à flatter les besoins nouveaux, et se sont ensuite efforcés de les détourner de leur satisfaction légitime ; tour à tour ils ont exalté le sentiment panthéiste par excellence, l'amour ; puis, après avoir ainsi menti à leur doctrine, pour séduire les hommes, ils ont tenté de mentir aux hommes et à l'amour pour satisfaire leur doctrine.

C'est ainsi qu'ils ont cru être justes parce que leurs mensonges se détruisaient en quelque sorte, et qu'ils ont menti dans le culte et menti dans la morale, et dénaturé l'idée de Dieu et le sentiment de la vie, souillant à la fois honteusement la pratique et la théorie, l'idéal et la réalité.

De même que le païen, après avoir exalté l'amour, disait aux hommes qu'ils ne le trouveraient que dans les sens, lejésuite, exaltant l'amour pour les dominer, leur dit qu'ils ne le trouveront que dans le sentiment; et ce jésuite sait si bien qu'il ment, que, pour faire naître ce même amour, il a recours aux sens! Et, maintenant que ce culte jésuite est devenu votre culte, que de votre société tout entière s'élève un hymne, un appel incessant à l'amour; qu'il est partout, dans vos livres, dans vos temples, dans votre art, dans vos sciences; maintenant que le sensualisme vous déborde et vous envahit, maintenant que ceux-là mêmes qui le nieront plus tard, commencent par en envelopper leurs âmes : songez-y !

RÉVOLUTION SOCIALL.

Vous avez un ciel, et vous avez une terre. Ce ciel et cette terre se nient. Pour rétablir l'harmonie du ciel et de la terre, il faut que l'un ou l'autre change. C'est-àdire que vos hommes, vos mœurs, vos lois, étant contradictoires de votre Dieu, de votre morale, et de votre cuite, il faut refaire, ou vos esprits, vos mœurs, vos lois, ou votre Dieu, votre morale, votre culte.

Religion et société se séparent désormais, et ne peuvent vivre ensemble. Refaites donc votre société. Si vous le pouvez, refaites votre Teligion.

Et sachez-le bien. Si vous ne prenez l'un ou l'autre de ces partis, vous êtes un peuple mort. Rappelez-vous le sort de tous ceux qui vous ont précédés. C'est ainsi qu'ils ont péri. Ne vous vantez pas de votre science, de votre force ou de vos richesses. Ils étaient forts, riches; ils se croyaient savants. Vous périrez comme eux. Et comme vous êtes plus avancés qu'eux, vous souffrirez plus qu'eux.

Désormais, dominés, entraînés par des influences et des sollicitations universelles, nous voulons jouir, aimer, savoir, nous le voulons à tout prix. Il faut à nos filles, des amants, à nos fils, des maîtresses : eh bien ! qu'ils en prennent, et qu'on n'en parle plus ! Ils veulent aimer; aimer est légitime; qu'ils aiment I et qu'ils fassent des enfants, cela vaudra mieux que de faire des maladies de poitrine! Il n'y a plus à reculer, il faut choisir ; et je vous le dis, il est plus doux et meilleur de se donner des baisers, que d'avoir des attaques de nerfs.

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