‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 178 sur 228 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

■.-■UIMI. ET LES IHSTITl TIOYS.

Tous, quel que soit le camp dans lequel nous combattons; tous, qui ne sommes ni sourds, ni aveugles; tous, quels que soient nos regrets ou nos vœux, nos désirs ou nos craintes , lancés sur le fleuve de la vie humaine, devant nous les rives qui bornent le cours des eaux s'abaissent ; là, nous entendons un grand bruit, et plus loin la terre a disparu.

Âh ! disent les uns, ces sons inconnus sont la voix de l'abîme ; ce tumulte des flots, c'est la cataracte immense où tout doit périr et d'où rien n'est sorti. Fuyons, fuyons! peut-être il en est temps encore 4 et remontons le cours de ce fleuve trompeur.

Il n'est plus temps. Le bruit se rapproche, déjà les agitations des eaux nous soulèvent et le courant devienl plus puissant à chaque heure. Ils s'épuisent en vain ;

la nef tourbillonne, et le rivage fuit plus rapide à leurs yeux effrayés.

Non, non ! disent les autres, ce bruissement harmonieux est celui des flots sur la grève ; cette écume et ce mouvement sont ceux des vagues éternelles ; cette étendue sans limite et sans repos, c'est la mer, c'est la mer! C'est l'onde incorruptible, l'Océan divin, l'Océan de la sagesse, du bonheur et de la liberté.

C'est ainsi qu'ils luttent ennemis, pleins de trouble ou d'espoir; et, pendant que l'équipage se divise, s'insulte ou s'égorge, la nacelle abandonnée, flottante sur les eaux, descend où descendent les eaux : emportée sur le cours impétueux de la source intarissable du désir et de la vie, elle vole insouciante où le destin la mène.

Et maintenant qu'est née la grande idée de l'unité du corps et de l'àme, de l'harmonie et de la nécessité universelles; maintenant que toutes les révélations antérieures ont péri tour à tour et se sont dégradées ; maintenant que les dieux n'ont plus conscience d'euxmêmes et que les hommes ont cessé de les comprendre, ce n'est qu'à la philosophie, qu'à la science que nous pouvons demander un Dieu nouveau ; et, dans ce temps, science, histoire, philosophie, conscience humaine, tout'nous répond par l'unité ; tout, par la justification du plaisir et de l'amour, du sentiment et des sens. Les progrès de cinq siècles ne seront point effacés ; ils ont affaibli le vieux monde jusqu'à le rendre impossible; nous avons le droit et le devoir de

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