LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION. 47 x
étant la commune mesure à laquelle se comparent toutes les volontés politiques du pays, suivant qu'elle se rapproche davantage d'une extrémité, il se produit dans la nation un accroissement de force dans le sens de l'extrémité opposée. Aussi est-ce toujours sous les gouvernements de gauche que se manifeste un mouvement de l'opinion vers la droite, et sous les gouvernements de résistance un mouvement dans le sens de la révolution. Ce n'est pas l'opinion qui varie, c'est le gouvernement qui se déplace. Il a plus ou moins de monde à sa droite ou à sa gauche, suivant le lieu qu'il occupe. Voilà tout.
Or, en raison de leur composition , les pouvoirs allaient s'établir si près de Pextrème résistance, que la gauche, quelle que fût sa faiblesse dans l'assemblée, devait inévitablement agir sur l'opinion avec un immense levier.
C'était un grand avantage pour la révolution, car il est à remarquer que ces habitudes d'opposition et de critique favorisent le progrès des idées radicales et que c'est toujours dans de pareils moments et sous l'influence d'une telle situation que l'on voit s'activer le mouvement continu des esprits vers les doctrines les plus avancées. Si bien que ce qu'on pourrait appeler le centre de gravité de l'opinion marche alors plus rapidement et parcourt un plus grand espace en moins de temps.
Il découle de ces simples considérations des conséquences pratiques d'une haute gravité. Il suffira de remarquer ici que le pouvoir ne saurait en ce temps que compromettre l'idée, et qu'il est fatalement condamné à nuire à toute doctrine qu'il professe, de sorte qu'il ne
peut désormais que s'amoindrir. C'est là un des plus remarquables indices du chemin qu'à déjà parcouru la révolution. Il montre qu'aujourd'hui l'autorité déplacée est réellement dans la nation et que déjà la souveraineté du peuple n'est pas un vain mot.
Les révolutionnaires qui, méconnaissant cet état de choses, croient encore pouvoir compter sur l'action gouvernementale pour établir une organisation nouvelle, se trompent. Avec de vives aspirations vers l'avenir, ils ont tous les préjugés du passé.
Désormais le pouvoir recevra l'initiative, il ne saurait la donner.
Je le répète, ceux qui croient, en certaines circonstances, avoir le droit de faire office de tuteurs et d' initiateurs, au lieu d'être des mandataires cherchant, puis exécutant simplement la volonté de tous, n'ont pas une connaissance vraie des nécessités de leur époque.
Se croient-ils donc les héritiers des rois?
Je conçois cette erreur de la part des réactionnaires extrêmes; ils ne croient pas à la souveraineté du peuple, pensent que les nations ont besoin d'une tutelle, et s' efforcent de la leur imposer. Cette pensée leur sera funeste ; elle le serait tout autant aux hommes de la révolution, et de leur part je ne saurais en comprendre les motifs.
Voici le second axiome dont j'ai parlé :
Pour les parti* ce qui est important ce n'est point dêtre, mais de devenir; ce qui mérite réflexion, ce n'est point de savoir combien d hommes dévoués se groupent autour iun