‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 180 sur 228 · LIVRE IL SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IL SITUATION MORALE

riage civil en mariage religieux. Nous en avons déjà parlé. Désormais la femme ne donne plus un enfant à l'Etat, son rôle s'est agrandi : elle donne un enfant à la chrétienté, une âme aux âmes fraternelles. Désormais le lit nuptial est un autel, et nul ne s'en approchera sans le respect qui s'attache aux choses sacrées : un auguste et saint mystère s'y accomplit, et, sous l'œil de Dieu, l'âme immortelle échappée de ses mains puissantes vient, au milieu des baisers créateurs, chercher un corps sous les rideaux qu'il a bénis. Habitant du sanctuaire, l'amour conjugal s'épurait, il était relativement normal et vrai, chrétien, et tout le sang des martyrs n'a point trop payé cette conception sublime.

Avec un idéal plus pur, la contrainte fut moins nécessaire. Le christianisme avait mis dans le mariage quelque chose de presque aussi grand et de presque aussi beau que l'amour, et pouvait avec un faible appui le remplacer ou le vaincre. L'épouse devint ainsi plus libre, l'époux cessa d'être son juge, il devint son tuteur, et le contrat n'en resta pas moins strict et moins sacré.

0 législateurs de ce temps, nos pères bâtissaient ainsi : l'ouragan souffle et le sol tremble, l'œuvre des géants s'écroule ; législateurs très-petits, tous vos efforts unis n'en replaceront pas les trop lourdes as-

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En revenant au mariage antique, on n'osa revenir aux lois qui le rendaient possible, ni à l'asservissement des femmes, et l'on ne put faire renaître l'esprit de civisme orgueilleux qui le rendait sacré pour les Romains, de civisme étroit qui le faisait respecter des Grecs. Quelle femme pense aujourd'hui que c'est un crime de trahi-

son contre la patrie que de donner les droits du citoyen au fils d'un étranger et de pervertir ainsi la souveraineté? Laquelle peut se dire que d'être son fils est un droit à gouverner la terre? Nous n'avons plus ni Grecques ni Romaines. — Les hommes sont frères, tous sont.égaux devant mon Père, tous sont appelés, — a dit le Christ, et sa parole a passé sur le monde : elle ne sera point oubliée. Vous le tenterez en vain, vous ne reculerez plus et vous n'exhumerez point un idéal antique et depuis longtemps méprisé ; mais, si vous n'avancez pas et si vous n'offrez pas aux hommes un idéal nouveau, vous périrez. La liberté de conscience rend le mariage religieux légalement et socialement nul. Cherchez mieux. Vous ne trouverez rien dans le passé.

Voyez plutôt : nous ne craignons pas d'affirmer que c'est encore à l'idée chrétienne, quelque corrompue qu'elle soit de nos jours, que vous devez la durée d'une institution absolument nécessaire à votre ordre social. Mais, prenez garde, chaque jour le mariage perd de son autorité ; sans l'idée religieuse, la famille légale ne se maintiendrait pas une année. Or, vous proclamez que légalement et politiquement la religion vous est indifférente. Son dogme était le type de toutes vos relations et de votre existence sociale. Ce dogme se dénature; sa puissance sur les esprits et les cœurs s'affaiblit ; vous ne songez point à le défendre. Un tel effort serait d'ailleurs inutile. Vous le discutez et vous le niez vous-mêmes, et vous ne songez point à le remplacer? Archimède demandait un point d'appui pour soulever le monde ; vous me semblez plus forts, vous qui voulez le soutenir audessus du néant.

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