LIVRE II. SITUATION MORALE
C'est de la folie I II semble, en vérité, que notre société court à un précipice les yeux bandés, en insultant ceux qui ont le malheur de voir clair et de l'aimer assez pour l'avertir.
Passons à d'autres considérations et tachons de déterminer, indépendamment de toute idée religieuse, quels sont dans notre société la nature et les effets d'un contrat tel que le mariage civil.
Un tel contrat est absolument contraire au principe fondamental de notre législation : — Tout contrat personnel est nul de soi.
Ceci est très-grave. Quand des lois font exception au principe des lois, l'ensemble de la législation ne saurait se maintenir. J'ai déjà signalé ce caractère des lois exceptionnelles, d'être en même temps des lois provisoires. En pareil cas, ou l'exception envahit la règle et devient le principe fondamental, ou elle s'efface devant la règle et disparaît.
Le mariage étant un contrat essentiellement personnel, ou cette sorte de contrat deviendra légal en principe, nous verrons renaître l'esclavage et nous achèverons le mouvement rétrograde dont nous sommes menacés, ou le grand principe qui s'oppose à cette sorte de contrat sera maintenu, il envahira tputes les excepceptions, et le mariage cessera d'avoir une valeur légale.
On peut imaginer trois formes de société : l'une avec l'asservissement de la femme, le mariage civil et l'esclavage du prolétaire : c'est la société passée, la société
romaine ; elle se justifie par l'utilité sociale et l'autorité de la raison d'Etat ; la seconde, avec le mariage religieux et la propriété individuelle des capitaux naturels : c'est la société catholique ; elle se justifie par la foi religieuse et l'autorité de la révélation : la troisième, enfin, sans contrats personnels et sans rente : c'est la société de l'avenir; elle se justifie par la liberté morale et l'autorité de la conscience.
Entre ces formes logiques, il faut choisir. Ce dont il faut surtout bien se pénétrer , c'est de l'impossibilité de défendre l'une avec les moyens de l'autre, et de maintenir les formes ou les idées catholiques, avec les idées ou les formes romaines.
Ce sont là des tentatives de sorcellerie slupide. Comme si l'on voulait enfermer un esprit élevé dans des organes infimes, donner pour enveloppe à une âme humaine le corps d'un animal. Tels sont cependant les efforts auxquels se livrent nos hommes d'Etat. Que voulez-vous? ils ne sont pas savants, et tâchent d'être sorciers. Ils nous traitent comme les compagnons d'Ulysse; et pour modèle, ils ont choisi Circé.
Je sais combien seraient impuissantes en ce temps les tentatives de conservation ou de rétrogradation les plus rationnelles. Toutefois, je veux attirer l'attention sur un phénomène très-intéressant, le spectacle que nous donne aujourd'hui le parti de la résistance.
Dans toute civilisation, on constate deux droits : Y un contemporain de son origine, et qui contient en lui toute son organisation future ; l'autre, contemporain de