‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 182 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

sa décadence, et qui n'est qu'une forme vide. Celui-ci semble aux esprits superficiels , plus noble, plus beau, mieux ordonné. Ils sont comme le gland et le chêne sur son déclin. Le chêne est majestueux, vaste, puissant, et la terre dort abritée sous son ombre : demain il sera du fumier. Le gland est petit, il semble digne de mépris ; mais il enferme la vie, dans son sein habitent le type du possible et les formes à naître : il va devenir un chêne.

Ce droit qui fit la catholicité, ce droit contemporain de son origine et qui renfermait en lui son esprit, sa beauté, les institutions et les nations futures ; ce droit vivant, progressif et conservateur : c'est le droit féodal et le droit canon.

Le droit contemporain de la décadence et du déclin, le droit avec lequel nous avons vus se développer, dans la pensée humaine, la négation; dans les faits, le désordre et la lutte : c'est le droit moderne; ce que nous nommons le droit civil.

Le droit qui fit Rome, sa puissance et sa grandeur : c'est le droit quiritaire et la loi des douze tables ; le droit contemporain de sa chute, le droit mort et le droit mortel qui ne put la sauver : c'est le droit justinien ; ce que nous nommons le droit romain.

Eh bien! pour soutenir l'ordre actuel ébranlé de toutes parts, est-ce au droit durable, au droit vivant, que s'adressent vos législateurs? est-ce au droit canon, s'ils veulent conserver? au droit quiritaire, s'ils veulent se rejeter en arrière, effrayés de l'avenir? Non! c'est au droit impossible, au droit mort, au droit civil, au droit romain !

C'est ainsi que t indépendamment du besoin de progrès et de mouvement qui entraîne l'humanité, les hommes de résistance, par le choix des instruments de défense et les formes qu'ils adoptent, rendent leur défaite inévitable.

Cest là le signe d'un aveuglement étrange. Les hommes privés d'idéal sont privés de lumière ; ils portent un bandeau sur les yeux. Par suite d'une triste incapacité, eux qui marchent à tâtons dans la nuit, ils appellent imprudents et insensés, ceux qui, les yeux ouverts et fixés en avant, refusent de se traîner à genoux sur la terre, et marchent au but d'un pas rapide et certain.

Ceci explique l'effroi des conservateurs t quand ils constatent les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, et leur étonnement aux coups imprévus de leurs adversaires. Quels que soient leur nombre et leur force apparente, ils doivent se résigner à être vaincus dans la lutte, eux qui se défendent dans les ténèbres, tandis que leurs ennemis voient au loin, calculent tous leurs coups, et les attaquent au grand jour.

vin.

Il n'est point sans intérêt de montrer comment se produit cette cécité, qui caractérise le déclin des formes sociales.

Quand la lutte est définitivement engagée entre deux idéals, deux principes, deux lumières ; quand les hommes, entraînés par deux amours, se combattent avec acharnement, que la victoire est encore indécise ; quand l'ancien principe est méprisé par les uns, l'idée nou-

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