‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 184 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

main primitif; l'un armé d'une législation formidable et qui lui était nécessaire en raison de son infériorité morale et de la mesquinerie de son idéal ; l'autre, armé d'une législation beaucoup plus douce, mais suffisante, en raison de son élévation morale et de la grandeur de son idéal. Qu'ont-ils faits? ils ont constitué le mariage civil avec la législation faible de l'un et l'idéal infime de l'autre; bien plus, ils ont affaibli la législation catholique, abaissé l'idéal romain.

Quant à l'idéal civique de la société romaine (la raison d'État), il est tellement décrié, l'idée chrétienne l'a tellement subalternisé, elle l'a rendu l'objet de tant de dédain et de mépris, qu'il est absolument impossible de lui rendre son antique valeur. Le tenter serait de l'ineptie; c'est un idéal à tout jamais haïssable et ridicule, il est déshonoré.

Le mariage aurait donc besoin d'être aujourd'hui protégé par une législation d'autant plus énergique. Pour en faire une institution stable, nous serions obligés de rétrograder dans une telle voie, bien au delà des dernières sociétés païennes.

Toutes nos législations tendent cependant à s'adoucir; l'institution du jury suffirait pour rendre une telle tentative impossible, et l'esprit du te^ips s'y oppose invinciblement.

Il reste deux solutions.

L'une : offrir à la monogamie permanente un idéal plus pur que l'idéal chrétien, lui donner une base plus large, une autorité plus logique et qui s'impose plus puissamment à l'esprit que l'autorité de la révélation Cela me paraît impossible.

La monogamie permanente n'étant point une conséquence de la loi naturelle et de la liberté, par cela seul qu' elle est destinée à vaincre, en vue d'un ordre social préconçu, certains appétits de la nature humaine; cette solution revient, en définitive, k la création d'une religion analogue au christianisme, plus parfaite que lui, plus logique, plus élevée, fondée par de plus justes esprits, affermie par déplus grands dévoûments, honorée de plus nobles victimes. Je le répète, cela me paraît impossible.

Il reste une solution.

Constituer un ordre social qui ne soit pas nécessairement basé sur la monogamie permanente, et qui soit en harmonie aveç la loi naturelle et la liberté. Non-seulement un tel ordre serait compatible avec l'émancipation de la femme et l'adoucissement de la pénalité législative ; mais il leur serait tellement favorable que l'émancipation serait complète et la pénalité nulle.

Cette solution présente de très-grandes difficultés ; j'en indiquerai quelques-unes. La principale est la création de l'idéal qu'elle offre à l'union des sexes ; car, l'un des signes auxquels se reconnaît le véritable progrès, est le développement des idées d'ordre et de perfection, et, dans le mouvement des sociétés, si les concepts de la vérité, de la justice et de la beauté se transforment, ils ne doivent jamais s'abaisser.

Quels que soient les difficultés elles périls d'une telle entreprise, nous devons cependant les envisager avec résolution et avec sang-froid. Il parait certain que cette ressource est la seule qui nous soit laissée. En de telles occurrences, il ne sert de rien de se révolter et de s'indigner

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