‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 186 sur 228 · LIVRE U. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE U. SITUATION MORALE

La France fut le pays chrétien par excellence ; c'est là pour elle une gloire très-noble et très-légitime. Rien ne prouve mieux le véritable sentiment d'ordre et d'activité qui l'anime que la vigueur et la perfection avec lesquelles elle sut harmoniser ses lois et ses mœurs avec son idéal et son idéal avec son dogme. C'est à son énergique amour de la vérité qu'elle doit l'éclat avec lequel elle a parcouru l'évolution chrétienne, et c'est à ces mêmes qualités qu elle doit d'être arrivée la première au terme de ce mouvement, et le périlleux honneur d'inaugurer la révolution moderne.

Je viens de décrire la création et le perfectionnement de la société par les individus au moyen de la dépendance logique du dogme, de l'idéal et des institutions ; mais cette dépendance s'exprime par un mouvement en sens inverse et qui produit dans le temps l'amélioration de l'espèce et la progression de la moralité individuelle.

Cette double action par laquelle l'individu améliore la société et la société améliore l'individu se manifeste plus ou moins chez tous les hommes. Toutefois elle opère dans des proportions bien différentes et, si la société reçoit beaucoup des esprits et des cœurs les plus élevés, elle leur rend peu de chose, tandis qu'elle donne tout aux natures inférieures et n'en reçoit presque rien.

Ainsi, quelques-uns déduisent des conceptions les plus hautes de l'esprit et des derniers résultats des travaux de toutes les générations antérieures, certaines données morales, certaines idées de justice qui s'imposent comme des vérités et s'emparent d'eux-mêmes. Us

sont perfectionnés. Gomment perfectionneront-ils les autres hommes? Gomment les feront-ils parvenir à la connaissance de ces vérités? Sera-ce par le chemin qu'ils ont eux-mêmes parcouru? Mais cela est impossible ! Cette route ardue suppose et des aptitudes spéciales et de longues études avant de parvenir au concept du principe fondamental, et, pour descendre de ce principe dans la vie, de longs travaux encore ! il n'y faut point songer.

Que feront-ils? ils propageront directement leur doctrine pour l'utilité de tous ceux qui peuvent la discuter et la comprendre; pour les autres ils la propageront indirectement en modiûant les institutions dans le sens de leurs convictions.

Ces institutions sont des faits, elles frappent les sens, elles agissent d'une manière permanente ; de l'ensemble des relations émane une influence incessante sur les esprits et sur les cœurs ; quand cet ensemble se modifie les sentiments et les idées se modifient avec lui ; des habitudes naissent les notions d'ordre, de ces notions un concept qui les justifie.

Si pour quelques-uns la société se déduit de l'idéal et l'idéal du dogme, pour le plus grand nombre des hommes l'idéal se déduit des relations et des lois, et l'absolu de l'idéal. Ce grand nombre doit à la société les idées d'ordre et la notion de Dieu. C'est pourquoi l'on a dit avec beaucoup de raison que l'idée de Dieu ne se distinguait pas dans l'histoire de l'idée de la société, et que le concept de la Divinité naissait des institutions et des mœurs. Ce concept à posteriori est d'autant plus semblable au dogme à priori que les institutions sont plus parfaitement déduites de ce dernier.

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