‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 189 sur 228 · UVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

UVRE II. SITUATION MORALE

par sa morale, aux sens, par les institutions, et pénètre ainsi la personne par toutes ses facultés.

Avant d'aller plus loin, je dois appuyer sur une considération de nature à faire bien comprendre l'esprit de ce mouvement.

Dans les sciences, comment se vulgarisent les découvertes du génie?

Lorsque, de l'étude des faits connus, un homme a déduit un principe, une hypothèse fondamentale, et que de cette hypothèse il déduit une théorie, c'est-à-dire une conception de l'ordre, un idéal, que se passe-t-il?

Ii communique sa doctrine aux hommes capables de suivre ses travaux ; ceux-ci l'examinent, la discutent, l'adoptent ou la combattent. Puis, si l'inventeur a confiance dans sa théorie, il entreprend de la vérifier par des applications ; il obtient ainsi ce triple résultat : de la justifier à ses propres yeux, aux yeux des autres savants qui la nient, enfin de la rendre sensible aux yeux des ignorants, et de la vulgariser pour tous les hommes. La spéculation est ainsi le mode par lequel les esprits éminents arrivent à la conception de Tordre; l'expérience, le mode par lequel ils la propagent, élèvent le niveau de l'intelligence et de la conscience humaines, et se reposent eux-mêmes dans la contemplation de la vérité.

Aux époques de rénovation, ce qui distingue les écoles socialistes des écoles philosophiques proprement dites, c'est le besoin de propager et de vérifier par 1 expérience l'idée qui leur est commune; c'est la vo-

lonté de la rendre la propriété intellectuelle de tous, par la détermination de la morale qu'elle comporte, et par son application à la société.

Je suis heureux et privilégié , disait le philosophe. J'ai la connaissance de la vérité. Cette idée de la perfection vit au dedans de moi-même; elle me rend meilleur ; par elle j'acquiers le sentiment de ma dignité ; son joug est facile. Cette image aimée flotte dans mon esprit; et, semblable à l'instinct, elle me guide, en quelque sorte, indépendamment de ma volonté.

Comme un rèvo immobile, le type de l'hexagone assiège incessamment l'abeille ; elle le réalise et son œuvre est harmonie. Le type absolu de l'ordre m'obsède ainsi ; je le réalise dans la vie, et mes œuvres sont justes ; je suis heureux et supérieur aux autres hommes. Je veux communiquer ma pensée à ceux qui sont intelligents comme moi. Ils me comprendront, deviendront sages et seront mes égaux.

Cela est bien, disait le chrétien, mais cela ne me suffit pas. Vous ue vous adressez qu'aux hommes habiles et de loisir dont l'esprit est exercé, qu'à ceux enfin que l'étude a pu rendre savants comme vous : je veux élargir ce cercle ; je vais déterminer la morale qui découle de la vérité qui nous est connue ; j'offrirai cet idéal à tous les cœurs purs et dévoués, ils en aimeront la beauté; leurs actes deviendront ainsi semblables aux nôtres; nos efforts s'uniront; comme nous ils seront meilleurs. Ils seront nos égaux et nos frères.

Cela est mieux , disait le catholique, mais cela ne me suffit pas encore. Vous ne vous adressez qu'aux intelligents et aux bons, ils sont déjà fort avancés et n'ont

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