‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 190 sur 228 · LIVRE IL SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IL SITUATION MORALE

pas tant besoin de vos efforts. Je veux surtout conquérir les ignorants et les mauvais.

Les institutions établies vous gênent et nuisent à votre œuvre, je veux les remplacer par des institutions qui parleront aux sens des plus déshérités ; elles rendront d'abord leurs actions, puis leurs sentiments, enfin leurs idées, semblables aux nôtres. Ainsi, tous seront appelés, tous deviendront égaux avec le temps, et tousseront meilleurs et frères.

Le philosophe ne songeait point à créer une société nouvelle; il ne la concevait possible qu'entre des citoyens tous philosophes. Une telle condition était manifestement irréalisable.

Le chrétien espérait à la longue transformer le monde en propageant son idéal et sa foi, mais il ne croyait un nouvel ordre de choses possible que parmi des chrétiens.

Le catholique considérait au contraire les institutions nouvelles comme destinées à propager ses croyances ; il voyait en elles un instrument en même temps qu'un résultat, et le plus puissant moyen d'enseignement et de progrès intellectuel et moral .

On pouvait faire au chrétien et au catholique des objections très-spécieuses ; elles se renouvellent de nos jours contre le socialisme. Leur réfutation exige les discussions les plus pénibles sur les sujets les plus ob* scurs; et, dans l'état des connaissances humaines lors de la révolution chrétienne, elles étaient absolument invincibles.

Le catholique ne pouvait y répondre qu'en ces termes :

Il vous manque les vertus nécessaires pour parler des choses supérieures et divines : les vertus théologales. Je tiens peu de compte des impossibilités et des dangers que vous me signalez. J'ai la foi, je sais que la vérité ne peut périr; j'ai l'espérance, je sais que cette vérité doit s'incarner dans le monde et le transformer; j'ai la charité, je ne puis laisser un seul jour de plus mes frères dans le mal et dans l'ignorance. Je poursuivrai mon œuvre.

On doit joindre à l'impossibilité de justifier logiquement à cette époque le mouvement révolutionnaire, une autre impossibilité logique qui est inhérente au spiritualisme lui-même, savoir : que pour être réalisables et pratiques, les institutions qu'il produit ne peuvent pas plus représenter absolument la morale que la morale ne peut représenter le dogme, et que dans leur construction l'esprit flotte ainsi sans règles précises ; cette absence de guide agit d'une manière si funeste, que dans le passage de la période philosophique à la période morale par la création du christianisme, il apparut une multitude de sectes, et dans le passage de la période chrétienne à la période sociale par la création du catholicisme, une multitude d'hérésies.

Ce caractère propre à toutes les doctrines exclusives et qui ne leur permet point de passer rigoureusement de la théorie dans la pratique, amena cette conséquence que la morale chrétienne ne fut acceptée qu'alors que la morale antique eut été détruite sans retour, et que la construction catholique ne put être réalisée qu'a-

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