‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 191 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

lors que toutes les institutions romaines furent anéanties par le cataclysme des invasions barbares.

Ces considérations expliquent suffisamment les douleurs et la durée d' une révolution qui s'étend de Platon à Grégoire, d'Alexandre à Charlemagne. Malgré ces difficultés qui semblent insurmontables, les vertus théologales n'en accomplirent, pas moins leur œuvre ; et, philosophes spiritualistes, moralistes chrétiens, socialistes catholiques, tous, à travers des catastrophes, des souffrances, un désordre sans nom, réalisèrent ce que les premiers avaient rêvé, ce que les seconds avaient espéré, ce que les derniers seuls avaient osé promettre.

Les institutions catholiques ne pouvant être la conséquence rigoureuse de la morale chrétienne, et la morale n'étant point elle-même une conséquence rigoureuse du dogme» il résulta de ce fait un phénomène très-remarquable et que j'ai déjà signalé. Chez les nations où l'enseignement dogmatique ne vint pas corriger ces aberrations pratiques, il se manifesta sous l'influence des relations établies, des sentiments moraux fort éloignés de ceux de l'Evangile ; et de cet idéal populaire et national, il se déduisit un dogme d'un spiritualisme très-impur. Ce sont là ce que l'on pourrait appeler des hérésies en retour. Je n'ai point à m' occuper ici de ces résultats, et si j'en fais la remarque, c'est uniquement pour déduire de cette observation une conséquence très-utile, savoir : que l'organisation catholique ne restituant pas absolument la morale chrétienne, celle-ci ne peut se maintenir et l'ordre social se conserver qu'à la condition que

l'enseignement moral de l'Eglise se rapproche d'autant plus de la donnée dogmatique, et compense ainsi ce vice indestructible des sociétés spiritualistes.

Ces réserves faites, je veux m'efforcer de faire concevoir l'influence intellectuelle et morale de l'organisation catholique. Il me suffira pour cela d'en indiquer quelques caractères très-généraux et très-saillants.

La séparation absolue des contrats engageant les personnes et des contrats engageant les choses.

L'abandon de la législation temporelle aux pouvoirs humains et la variabilité de cette législation (*).

L'invariabilité de la législation morale, son caractère essentiellement religieux et supérieur à la législation séculière.

ï,a consécration des engagements concernant les choses devant les agents du pouvoir humain.

La consécration des engagements personnels devant Dieu par le serment religieux ou le vœu.

La séparation absolue des contrats personnels et des contrats ayant rapport aux choses était la distinction sensible, incessante, évidente pour tous de l'esprit et de la matière, de l ame et du corps, du sujet et de l'objet.

L'invariabilité de la législation morale et sa généralité dans l'Eglise en présence des variations incessantes de la législation économique et commerciale, à chaque frontière, à chaque changement de règne et plus fréquemment encore, la faisait échapper au provisoire ou

(») On doit faire une exception pour la propriété foncière. Le catholicisme envisagea la terre comme une œuvre divine, presque comme une personne. Ce caractère appartient a toutes les époques organiques.

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