‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 192 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

à l'exception et la rattachait à des notions d'ordre et de justice absolues. C'était un grand pas vers l'idée de la perfection de l'âme, de son éternité, de sa divinité.

La consécration religieuse des engagements personnels avait des conséquences pratiques bien plus utiles encore : elle pénétrait tous les hommes de cette idée qu'ils étaient égaux et ne pouvaient engager leur liberté que devant Dieu, c'est-à-dire à Dieu lui-même. Enfin tout contrat mixte engageant des volontés contre des choses, des personnes pour un prix, ne pouvait avoir de sanction : il était indigne de la consécration religieuse, parce qu'il engageait des choses, tandis que la consécration politique était indigne de lui, parce qu'il engageait des personnes. Ainsi, dans l'ordre catholique, à la différence des sociétés antiques, l'esclavage volontaire et la prostitution rie purent être régularisés ni trouver de sanction possible.

Je ne veux point entrer dans des détails inutiles à l'objet qui m'occupe et pousser plus loin un examen qui demanderait un chapitre. Ces quelques mots suffisent pour indiquer l'action des institutions sur les hommes, et montrer comment l'organisation catholique préparait les cœurs à l'enseignement évangélique et les esprits à la conception du dogme. L'ordre social expliquait et défendait la religion qui l'avait fondé ; son action était si puissante, qu'en dépit des efforts tyranniques des pouvoirs spirituels ou temporels, la dignité humaine, la douceur et la liberté se développèrent incessamment. Partout l'esclavage disparut devant le catholicisme. Souvent les rois

et les évèques firent tout pour maintenir les formes de. l'asservissement; souvent ils tentèrent de s'opposer au mouvement d'émancipation et de progrès. Ce fut en vain : toujours l'esprit du système l'emporta sur les entreprises de l'égoïsme individuel.

De toutes ces tentatives, la plus générale et la plus menaçante fut peut-être la transformation que les rois s'efforcèrent d'opérer dans l'idée du droit divin des pouvoirs temporels. Tout d'abord ils ne songèrent qu'à l'opposer au pouvoir spirituel et à éviter ainsi les effets politiques de l'excommunication ; mais, par la confusion qu'elle établissait-entre l'idée religieuse et l'idée politique, cette transformation pouvait détruire toute la valeur progressive du catholicisme et nous faire rétrograder bien en arrière dans le passé. Il n'en fut rien ; et loin d'être utile à l'institution royale, l'étrange et nouveau caractère qu'elle se donnait ainsi fut l'objet d'un sentiment de révolte et de répugnance essentiellement chrétien. Ce «mot soulève encore les plus énergiques protestations contre les pouvoirs héréditaires ; et, quoi qu'ils fassent pour repousser aujourd'hui cette idée, ils en supportent le discrédit et deviennent l'objet d'une haine et * d'un mépris légitimes.

Il est juste qu'il en soit ainsi, le pouvoir ne peut être depuis mille ans que le serviteur de l'Église ou du peuple; au pouvoir, pour se justifier, il faut un souverain duquel il reçoive l'investiture, et c'est aussi par trop audacieux et trop insolent que de vouloir régner contre les souverains de l'avenir et du passé, sans tenir compte de la révélation ni de la liberté.

Des rois tenant leur sceptre des dieux ! des rois sans

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