LES CONTRATS PERSONNELS ET LA LIBERTÉ
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Les contrats personnels , nettement caractérisés, faisant exception au principe dt> notre législation, sont rares. Il est évident que le législateur ne les protège qu'avec répugnance. Ils ne sont à ses yeux justifiés que par la nécessité. C'est la pire des justifications ; elle est la preuve péremptoire de l'absence d'un principe philosophique ou moral supérieur, et signale un retour vers la doctrine païenne de la fatalité; elle suppose en effet que l'état des personnes est dominé par des puissances indépendantes de l'esprit, et que le sort des idées et des sentiments est soumis à l'ordre matériel des choses. Je reviendrai plus loin sur les déplorables conséquences de cette justiûcation des institutions morales par la nécessité.
La plupart des contrats entre ouvriers et patrons ont,
dans une certaine limite, un caractère personnel; mais, comme ils sont plutôt le résultat des habitudes et des mœurs que celui de la législation positive, comme d'ailleurs ils ont un caractère économique de plus en plus marqué, qu'ils tendent à se renfermer de plus en plus dans l'objet du travail et à dégager la volonté du travailleur, on doit les considérer comme une sorte de contrats mixtes en voie de progrès, et je ne veux m'en occuper ici que pour montrer la généralité de l'action démoralisatrice exercée par le contrat personnel depuis la proclamation de la liberté de conscience et de l'indifférence de l'Etat en matière de religion. Ce scepticisme ou cet athéisme gouvernemental ne tend à rien moins, en effet, qu'à donner le caractère de la prostitution ou du viol à tous les contrats personnels, suivant qu'ils sont volontaires ou obligatoires.
Le catholicisme, par la conception d' une loi révélée et son application sociale, a frappé d'incapacité morale toutes les législations humaines, et rien ne prouve mieux la nécessité actuelle d'une liberté morale pratique absolue, que cette propriété inhérente à toutes les codifications des engagements concernant les personnes , d'avilik à la fois l'idéal social et les individus.
Quels que soient les périls d'une telle démonstration, je ne puis songer à les éviter. En face de l'ignoble décadence dont les nations européennes sont menacées, quand toutes les corruptions et tous les malheurs sont à craindre, il n'est point permis d'hésiter, et le seul crime est de fermer les yeux avec dédain, ou de jeter un voile sur les plaies du pays.
Je vais donc examiner brièvement les résultats mo-