‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 199 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALK · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALK

une base logique, qu'il n'est point de discussion que les assemblées législatives repoussent avec plus d'effroi que celles qui se rattachent à la discipline de l'armée. Ces discussions, chassées des enceintes officielles, se continuent de chacun à chacun. Pour être caché, le danger n'est que plus grand, et la dissolution des armées permanentes se poursuit incessamment dans l'ombre et s'achèvera bientôt par l'anéantissement de l'esprit militaire.

Les armées semblent encore nécessaires, elles semblent durables. C'est une erreur funeste. On refuse de songer au moment où ces armées seront impossibles, et ce moment approche.

Je me borne à fixer l'attention sur quelques contradictions qui présagent la ruine de notre état militaire et mettent en lumière toute la défaveur qui s'attache aux contrats personnels; savoir :

Le mépris dans lequel sont tombés les hommes qui s'occupent du remplacement militaire et le peu de considération dont jouissent les remplaçants dans l'armée.

Le .petit nombre des engagements volontaires.

La tendance évidente à mettre de plus en plus les savants, les artistes, les industriels au-dessus des soldats, c'est-à-dire à mettre ceux qui modifient la société au-dessus de ceux qui la défendent.

Enfin ce fait étrange que l'Etat, en même temps qu'il impose le service militaire, avoue cependant que l'abandon de la volonté qu'il suppose est tellement antipathique aux droits de l'homme et du citoyen, qu'il ne permet pas que la durée de l'engagement volontaire puisse dépasser celle du service obligatoire; contradiction trèschoquante, très-funeste au point de vue conserva-

tour, très-légitime au point de vue du progrès, et qui montre combien l'engagement personnel ou le vœu est contraire aux idées modernes et à la législation ellemême.

Il est certain que chez une nation aussi imbue que la nôtre de l'esprit de discussion et de liberté, chez une nation au sein de laquelle les opinions sont si nombreuses et si profondément divisées, le mode de recrutement par le tirage au sort est très-contraire à la conservation de la discipline et de l'esprit corporatif et militaire.

S'il est une circonstance qui doive hâter les conséquences de ce mode de recrutement de l'armée, c'est l'attribution du droit électoral aux soldats : il est difficile de maintenir l'habitude de l'obéissance passive parmi des hommes qui sont appelés à juger périodiquement les principes, le gouvernement, les partis et les hommes.

Les conservateurs ont certainement apprécié les résultats futurs du droit de vote de l'armée. Mais tous sont aujourd'hui saisis d'un tel esprit de vertige, d'une telle insouciance de l'avenir, qu'alors qu'ils ne craignaient point de chasser des comices 4,000,000 de citoyens, ils ont toutefois conservé son droit de vote à l'armée, lis n'hésitaient point à sacrifier ainsi l'obéissance future de l'armée au désir de capter sa bienveillance. Leur devise est : Après moi le déluge. Ils se croient trop heureux s'ils assurent le présent, et n'hésitent jamais à creuser un abîme dans l'avenir s'ils espèrent à

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