ESPRIT DES ÉLECTIONS
(10 DÉCEMBRE ET 13 UAl).
Un des plus fâcheux symptômes de la situation des partis après les élections du 13 mai , fut l'animosité , je pourrais presque diro la haine collective qui séparait les extrémités de l'assemblée législative.
L'opposition et la majorité cessaient ainsi d'agir dans les conditions normales d'un gouvernement représentatif. Elles ne se tempéraient plus l'une par l'autre, de manière à assurer la prédominance des esprits calmes et pratiques. Bien au contraire, elles no semblaient destinées qu'à se pousser aux résolutions extrêmes, et ne se touchaient que par leurs plus mauvais côtés.
Ainsi , leur antipathie dut augmenter chaque jour,
et loin de se corriger par une action réciproque , elles ne surent qu'exagérer leurs défauts et se vicier à l'envi. Pouvait-il en être autrement, lorsque, indifférentes à la tristesse des esprits sérieux, nous les avons vues se réjouir, non point d'imposer l'estime à des adversaires, mais d'avoir excité leur colère, mis à nu leurs passions, et triompher d'avoir mérité quelque haine ou quelque mépris, par cela seul qu'elles avaient conquis le droit de haïr ou de mépriser à leur tour?
Quelque douloureux qu'ait été ce spectacle, quelque étrange qu'il puisse paraître de voir l'assemblée nationale donner ainsi l'exemple de la guerre alors que le pays la contemple impassible, il serait injuste d'en faire supporter aux hommes toute la responsabilité. C'était, avons-nous dit tout d'abord, un des symptômes de la situation; mais il porte avec lui son enseignement et mérite un sérieux examen.
La révolution de février était toute récente. En se voyant si promptement ramenés au pouvoir par le jeu même de la constitution républicaine et du suffrage universel , les partisans de la royauté ne pouvaient croire que cette révolution eût été acceptée par le pays : ils n'avaient donc point été momentanément subalternisés par un cas de force majeure, à leurs yeux ce grand mouvement n'était plus qu'une surprise; et cependant, presque tous, ils en avaient accepté le résultat, que disje? ils l'avaient acclamé.
Ils avaient ainsi deux fautes à regretter; de deux faiblesses ils avaient à rougir : ils s'étaient laissé vaincre