‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 3 sur 228 · LIVRE I». LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I». LES POUVOIRS ET L'OPINION

ayant le droit et la force; ils setaient crus seuls, et la nation était avec eux. C'était trop d'humiliations à la fois.

Quant à la minorité républicaine, elle croyait le peuple avec elle, ou du moins elle se croyait en mesure de le conquérir rapidement; et cependant elle avait eu le pouvoir , toute l'action gouvernementale , toutes ces influences qu'elle regardait comme si puissantes, et dont la monarchie se servait contre elle ; tout cela pendant un an, et voilà qu'elle se trouvait plus faible à la fin de cette année. Elle ne pouvait croire h la fausseté de ses principes ; habituée depuis longtemps à lutter à l'état de minorité, le fait à ses yeux n'était rien contre le droit; elle ne pouvait attribuer sa faiblesse qu'à ses propres fautes. Ce sont là de ces choses que l'on ne se dit pas à soi-même. Cela ne s'avoue pas; mais cela se sent; et, dans toutes les nuances de la minorité, au fond du cœur, chacun avait un remords et se reprochait quelque chose.

Ainsi de part et d'autre, à gauche comme à droite, on rougissait du passé, on s'indignait du présent, on s'effrayait de l'avenir; on s'irritait surtout de soi-même, de ses propres faiblesses, de ses propres inconséquences, de son manque de courage ou d'habileté.

Or, on oublie la douleur; on oublie la défaite loyalement débattue; on oublie tout excepté les fautes.

Semblables aux hommes , il est des choses que les partis ne pardonnent jamais : ce ne sont point les blessures, ce sont les hontes.

Je le demande à ceux qui ont le plus violemment et le plus haineusement attaqué la révolution de février et

ses auteurs; la main sur la poitrine, est-ce à cause de la tyrannie de la république? Est-ce à cause de la violence de ses défenseurs? Allons donc! c'est pour leurs propres vivat, pour leurs rubans rouges à la boutonnière, pour leurs professions de foi , pour leurs palinodies. Cela se comprend. Ils n'ont pas même eu pour excuse un martyr. J'avoue que c'est cruel; et malgré leurs injures j'ai d'eux quelque pitié.

D'autres songent. Pourquoi rappeler leurs fautes? Qui

n'en connaît la longue et triste litanie? l'Europe en feu, nos soldats oisifs, les nations au combat et la France immobile, la Pologne oubliée, l'Italie livrée, la Hongrie délaissée, les impôts augmentés; rien pour l'idée, mais tout pour le pouvoir, tant d'occasions manquées et tant de jours perdus, tant d'orgueil et tant d'espérances, et puis.... tant d'incapacité. Certes pour oublier ils ont besoin de colère; hélas! ils n'oublieront pas; mais leur irritation se comprend et peut se justifier encore.

Aussi voyez ! Ils sont là dans l'arène ces partis acharnés défenseurs do l'ordre ou de la liberté, tous législateurs et conducteurs de peuple. Ecoutez leurs cris désesperes .

— Sur qui pourrons-nous nous venger?

— Nous avons été lâches ! nous avons été niais !

— Nous sommes ignorants ! nous sommes impuissants 1

— Sur qui pourrons-nous nous venger?

Eh bien ! les partis sont d'autant plus coupables de s* abandonnera cette irritabilité nerveuse qu'ils se calom-

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