‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 203 sur 228 · LIVRE IL SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IL SITUATION MORALE

ciabilité, elles y perdent en profondeur et en sûreté. Distinguez, à coup sur , un marchand d'un artiste ou d'un littérateur!

Je viens de qualifier ce mouvement universellement constaté de symptôme dangereux : il n'est tel que parce que l'on s'obstine à vouloir maintenir cependant le caractère des anciennes institutions, et que l'on expose ainsi le pays à une véritable décadence ; mais si l'on voulait se pénétrer de cette vérité que toute modification dans lesmœurs doit amener une modification corrélative dans les lois, ce mouvement serait, au contraire, infiniment heureux, et nous conduirait bientôt à de véritables progrès. En tout cas, cette tendance est essentiellement révolutionnaire et légitime. Quoi qu'on fasse pour lui résister, on échouera dans toutes ces tentatives.

Jeveux en préciser la cause et les conséquences.

La société française et catholique ayant pour point de départ une autorité divine et supérieure à l'homme s'était construite sans tenir absolument compte do l'homme. Bien loin de penser qu'elle devait se modifier pour les individus, elle pensait que les individus devaient se modifier pour elle. C'est ce qu'elle entendait par son droit de moralisation. Aussi, obligée qu'elle était de créer diverses catégories de personnes pour remplir les diverses

fonctions dont elle avait besoin dans son système, elle avait créé des morales fort différentes suivant ces catégories, et n'avait point les mêmes exigences pour un marchand, pour un artiste, pour un soldat, pour un magistrat, pour un prêtre; elle les jugeait chacun au

point de vue de sa fonction, et ne réclamait d eux, en dehors de l'obéissance générale aux lois, que les vertus qui pouvaient donner à tous une sûreté complète dans les relations qu'amenaient leurs ministères. Alors que cette sûreté existait, le reste était compté pour peu de chose, et l'individu jouissait de toute l'estime qui pouvait s'attacher à la fonction. En ce sens, au point de vue purement social, il n'y avait pas d'hommes dans cette organisation ; il y avait des rouages plus ou moins honorés, suivant qu'ils étaient d'une espèce plus rare ou plus nécessaire, plus difficiles à produire ou à remplacer.

Sous ce rapport, on avait été fort loin, il s'était produit une habitude générale de l'esprit de corps, qui agissait fortement sur les individus, et les rapprochait singulièrement du type le plus parfait de leur profession.

Jusqu'à ce jour, toutes les sociétés ont présenté ces caractères : il n'en pouvait être autrement, puisque toutes ont été fondées sur des systèmes préconçus destinés à modifier la nature individuelle.

Un des meilleurs moyens de se procurer ces spécialités est sans contredit l'hérédité. C'est pourquoi il y a toujours eu tendance à établir cette forme de transmission dans les fonctions, et cela d'autant plus qu'on attachait plus d'importance à leur nature, et qu'on les considérait comme étant plus difficiles à remplir, et, par suite, comme étant d'un ordre plus élevé. Indépendamment d'une transmission que l'on ne peut nier et que l'on obtient au bout de quelques générations chez les

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