‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 209 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE. m · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE. m

teraent du sommet à la base ; elles pénétreront partout. Alors il faudra choisir : plus d'amour ou l'adultère ; ou l'amour se retirera du monde, ou l'on aimera sans souci de l'ordre ni des lois.

Ne vous bercez point de cette illusion que vous conservez l'œuvre de l'Eglise; elle n'agissait point ainsi; quand elle demandait le sacrifice de l'amour, elle demandait aussi celui de la famille, et quand elle unissait les sens, elle unissait les cœurs. Elle ne faisait point appel aux préoccupations de l'avenir, aux froideurs du calcul : Aimez, disait-elle, et soyez heureux : Dieunourritles petits des oiseaux, il nourrira les vôtres. Et si elle avait dû scinder l'amour, ce n'est jamais h l'âme qu'elle eût préféré la vie, elle ne matérialisait point sa doctrine, et le sentiment en elle a toujours dominé les sens. Cette difficulté logique que l'on éprouve à défendre une institution et les fâcheux résultats qu'amènent les paralogisme* dont on se sert en de telles circonstances sont toujours les signes précurseurs d'événements funestes. Ils indiquent qu'une nation a cessé de comprendre l'esprit créateur des formes dans lesquelles elle est enfermée. Dès lors, ces formes réduites à l'état de fait ne sont plus respectées que par une sorte de routine et de préjugé; elles cessent d'entraîner les hommes vers un idéal que l'on ne voit plus en elles, vers une perfection qui n'est plus comprise, et bientôt il arrive que les moyens que l'on emploie pour les défendre agissent précisément en sens inverse du résultat que Ton s'était promis, et suffisent seuls à les détruire en les dénaturant. •

La tutelle du père et de la mère tend singulièrement à s'amoindrir sous la pression des idées révolutionnaires. Cette tendance vient encore diminuer la valeur de la seconde partie du raisonnement par lequel on justifie le contrat personnel du mariage. Je ne puis traiter ici une question si complexe et qui demanderait un travail tout spécial ; ailleurs je m'efforcerai de déterminer le caractère précis des modifications que doit subir dans un temps rapproché l'organisation du groupe social uni par le sentiment de la famille, savoir : le père, la mère, l'enfant.

Je remarque seulement ici que ce groupe a toujours perdu de son importance en raison du mouvement progressif de l'humanité.

Si l'on considère la famille dans son étendue, cela ne peut faire aucun doute ; au commencement la tribu est toute la société : de la caste légale de l'Inde et de l'importance morale des rites chinois à la familia du droit quiritaire, il y a toute une décadence; de la famille romaine à la famille féodale, il y a de même un abîme; enfin cette famille féodale se réduit déjà, pour nous, aux rudiments que je viens de constater, elle s'enferme, pour ainsi dire, dans la maison autour du foyer.

En même temps que le groupe familial s'amoindrissait ainsi et d'une société tout entière devenait une simple réunion de quelques personnes, l'organisation de ce groupe s'affaiblissait singulièrement; le pouvoir paternel subissait la même transformation que le pouvoir so-

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