LIVRE II. SITUATION MORALE
cial, et se modiûait sous l'influence de l'autorité de manière à devenir de plus en plus compatible avec la liberté.
C'est ainsi que la révolution chrétienne fit passer à la société le droit de magistrature et de justice que possédait encore le père de famille, et ne lui laissa que le droit de tutelle sur la femme et sur l'enfant.
Ceci ne veut point dire que le sentiment d'affection familiale diminue dans l'humanité; bien au contraire, cela prouve que la force et la loi n'ont plus bosoin do s'entremettre pour le maintenir ou le remplacer.
Il est même certain qu'aux époques où la puissance maritale et paternelle paraît excessive, le seul moyen de ranimer l'amour de la femme et de l'enfant, détruit par une réaction de l'esprit d'indépendance, est de faire disparaître ce que cette puissance semble avoir d'oppressif et d'injuste.
Ce fut par un tel procédé que le christianisme fit renaître l'amour filial, qui semblait presque éteint lors de la décadence romaine.
L'Eglise ne se contenta pas d'enlever au père le droit de justice, elle se réserva le droit de surveiller l'éducation morale de l'enfant. Cela était parfaitement légitime : elle n'admettait pas plus qu'un homme eût le droit de damner son fils, qu'elle n'admettait qu'il eût le droit de le tuer. Bien plus, en raison de sa doctrine spiritualisle, si elle s'en remit au père des soins hygiéniques, elle ne s'en remit qu'à elle-même du soin d'enseigner l'idée religieuse.
Quoi qu'on en ait dit, ce fut un immense progrès dans la voie de la liberté réelle.
Il faut, en vérité, vivre dans un temps où toutes les idées sont perverties par de misérables sophistes pour qu'on ait osé considérer la liberté d'enseignement absolue, c'est-à-dire le droit pour un homme d'abrutir un enfant, comme une véritable et légitime liberté.
Ce fut une des plus grandes gloires du catholicisme qued'avoir nettement proclamé le droitde l'enfant à connaître la vérité, quelle que fût à ce sujet la volonté d'un autre être, que cet être fût un père ou un étranger. C'est avec un profond sentiment du droit et de la justice que l'Eglise 6t ainsi de l'esprit et du cœur des jeunes générations l'objet de sa sollicitude, et sut arracher l'âme de l'enfant à toute autorité capricieuse ou ennemie en lui donnant pour sauvegarde et pour protecteur la souveraineté sociale tout entière.
Qu' est-il arrivé? Quand le clergé n'a plus représenté la croyance générale, les hommes, considérant la philosophie théologique du christianisme comme fausse, n'ont plus voulu livrer leurs enfants aux représentants de l'Eglise ; ils se sont fait un corps enseignant indépendant de celle-ci, un corps qui représente la société. Maintenant l'Eglise, pour garder quelque puissance, nie ce droit qu'elle avait proclamé la première : elle affirme le droit du père; mais si le père ne l'exerce pas à son profit, elle damne le père. C'est ainsi que l'on arrive à détruire toutes les notions saines.
L'Eglise n'a logiquement qu'un raisonnement à tenir. Le voici :
J'enseigne la vérité, donc l'enfant m'appartient. En