‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 211 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

somme, depuis quinze siècles, il n appartient plus au père : il est à vous, société, ou à moi ; mais il ne peut être à lui ; je l'ai suffisamment prouvé depuis longtemps. La lutte est donc entre vous et moi, moi, que vous appelez la société passée et qui me sais la société éternelle, et vous, que j'appelle le mensonge et qui vous dites la société de l'avenir.

Je comprends ce raisonnement, il est franc, il est légitime; malheureusement il est audacieux, et l'Eglise, trop de fois vaincue de haute lutte, s'est faite timide, lâche et menteuse.

Elle se fait un auxiliaire d'un prétendu pouvoir paternel qu'elle connaît vicieux et mauvais ; puis elle espère voler l'enfant à ce pouvoir. Elle n'y réussira pas : tout est contre elle; mais elle empêche ainsi la lumière de se faire, et parce que le jour de demain ne peut être son jour, elle voudrait, de la nuit où nous nous agitons, faire une nuit éternelle.

Il se produit de nos jours un mouvement sérieux dont la tendance est de remettre à la providence sociale le soin de l'éducation hygiénique et morale de l'enfance. Ce mouvement est une conséquence de la croyance à la solidarité. Si la société catholique, qui ne croyait point à la solidarité humaine, reconnaissait le devoir de surveiller le tuteur de l'enfant, la société future verra dans cette surveillance une nécessité; il est hors de doute qu'elle s'emparera de cette tutelle. Les rudiments d'une organisation sociale se manifestent déjà dans les crèches, les salles d'asile, les gymnases communaux et les écoles.

L'idée de 1 éducation de l'enfant par la commune et par l'Etat a déjà conquis une influence politique et prépare une satisfaction au sentiment public qui se révolte contre les lois qui règlent aujourd'hui le sort des enfants naturels ou adultérins. Ces lois, logiques au point de vue religieux, nécessaires au point de vue de l'éducation familiale isolée, ont, en effet, déjà perdu leur sanction logique par la déclaration de la liberté de conscience ; par l'éducation par l'Etat elles perdront leur utilité pratique, et l'on peut être assuré que bientôt elles cesseront de frapper des innocents d'une sorte de réprobation et d'être un outrage à l'égalité.

En résumé, dans notre législation les contrats personnels étant exceptionnels sont provisoires, en l'état actuel il serait insensé de compter sur leur durée.

Le plus important de ces contrats, le mariage, se trouvera bientôt isolé; les contrats analogues succomberont avant lui. Mais, de ce moment, il sera livré sans défense aux entreprises de ses ennemis ; injustifiable en droit, parce qu'il est contraire à la loi naturelle et vivante, il devra devenir incompréhensible en fait, parce que nulle institution analogue n'y préparera les esprits. Rien ne se conçoit que dans la série : tout phénomène qui ne se rattache à rien n'a pas de raison d'être; toute institution isolée doit périr.

La contrainte par corps et le service militaire, en tant qu'engagements personnels; couvrent encore le mariage ; mais ils sont menacés eux-mêmes et le couvrent d'ailleurs faiblement.

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