‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 213 sur 228 · LIVRE ». SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE ». SITUATION MORALE

pour un mulet; entre deux vérités, que pour une erreur inféconde ; entre deux sociétés, que pour la dégradation et la douleur.

Je viens de dire qu'à nous misérables, cette erreur est nécessaire: elle est la fatalité de notre faiblesse. Puisque nous ne pouvons sans périr franchir l'espace d'un seul bond, il faut nous résigner à suivre le chemin pas à pas, mais il faut le parcourir sans hésitation et sans retard.

Voyez ce qu'est devenu le mariage.

Le mariage est un contrat indissoluble par lequel la femme échange contre la protection de l'époux une partie de sa liberté.

Certes, à l'époque où la femme était la chose, l'esclave du père de famille, ce fut un grand progrès, un pas immense vers son émancipation quand elle devint la chose, l'esclave de l'Etat. En vue de l'intérêt de l'Etat, elle échangeait sa liberté contre la protection de l'Etat. L'Etat déterminait ses devoirs et ses droits par rapport à la femme, il les déléguait à l'époux, l'investissait ainsi d'une véritable fonction soumise à des règles légales , et faisait de l'époux le magistrat, le juge de l'épouse.

Les lois qui régissaient le mariage pouvaient être modifiées, la domination de l'époux rendue plus oppressive, l'avenir de la femme n'était point assuré ; mais ce n'en est pas moins un grand bien relatif que d'être régi par l'intérêt général au lieu d'être soumis aux caprices d'une volonté individuelle.

Ce fut un semblable progrès, quand la femme, de su-

jette de l'Etat, devint citoyenne de l'Eglise et sujette de Dieu. Son sort, fixé par une loi invariable, ne pouvait que s'améliorer à mesure que l'esprit de cette loi pénétrerait plus profondément dans les cœurs. Epouse du Christ, enfant de l'Eglise, la femme fut assurée contre toute entreprise rétrograde sur sa liberté. L'époux reçut, par une investiture religieuse, la délégation des droits et des devoirs qu'avait déterminés la révélation. Il représentait la Providence, il eut droit au respect; il fut enfin l'image du Christ, à qui seul la femme aliéna sa liberté.

Ce fut à Dieu que la femme en appela des abus du pouvoir marital. Elle savait que devant la justice éternelle chacune de ses douleurs aurait sa récompense et que sa faiblesse trouverait un vengeur. La loi demandait le sacrifice des répulsions et des désirs, le silence du cœur et l'abandon du corps. En échange de tous les bonheurs de la terre, pour prix de toutes les douleurs, le Christ offrit un amour, un bonheur éternels : la femme donna tout et ne crut rien donner. Il fallait obéir : celui qui commandait était mort en aimant ; la femme aima ses chaînes. Elle était faible, elle avait besoin d'un protecteur et d'un maître : elle s'affranchit des hommes en acceptant un Dieu.

A ce Dieu vous avez substitué l'Etat. A la loi qui ne pouvait changer, vous avez substitué une loi que vous avez voulue, que d'autres pourront changer demain, qui demain peut être l'esclavage. La dignité de la femme est profondément offensée. Elle obéissait à sa foi. Elle doit désormais obéir à vos lois. Elle ne fait pas vos lois. Sous prétexte de liberté, vous redevenez ses maî-

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