‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 214 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

très. Sous prétexte de progrès, vous retournez à Rome.

Et ce contrat que vous soumettez aux chances de quelques votes et de quelques discours, de quelques débats passionnés, de quelques législateurs de hasard; qu'est-ce donc?

Un contrat indissoluble, un contrat qui lie perpétuellement deux êtres : ce que la nature a séparé! qui sépare violemment 1 ame et le corps : ce que la nature à lié ! qui scinde l'action et le désir ; un contrat qui commande aux sentiments, aux sens, à la pudeur, à la volonté. Il faut le dire : en l'absence d'un idéal supérieur à la vie, un contrat d'esclavage et de prostitution pour la vie. En l'absence de cet idéal, un contrat inutile si l'amour existe, un contrat infâme si l'amour a cessé.

€et idéal religieux, dépend- t-il de vos décisions et de vos lois de le créer? vous ne le pensez pas! Que faites-vous donc alors?

Oh! vous le savez bien! avec la foi, dans l'Eglise, il n'est que des épouses ; hors de l'Eglise et dans l'amour, il n'est que des amantes; hors de l'Eglise et de l'amour, il n'est que des concubines.

Les mœurs sont, en ce temps, si fort au-dessus des lois, et les femmes ont tellement la conscience des atteintes que le mariage civil porte à leur dignité et à leur liberté, qu'elles refusent énergiquement de le considérer comme autre chose qu'une vaine formalité. L'opinion des hommes les plus sceptiques et les plus indifférents en matière de religion les soutient avec raison dans cette voie. Le mariage religieux confère encore seul aux

yem de la grande majorité des citoyens le caractère sérieux et le respect qui s'attachent au titre d'épouse.

Ainsi l'esprit de la nation s'oppose invinciblement à ce que la législation protège le mariage religieux. A moins de renoncer à la liberté de consçience et d'adopter une religion d'Etat, la protection légale de cette institution aurait les conséquences les plus monstrueuses et les plus contradictoires, et pourrait conduire à une véritable promiscuité.

Ce même esprit se refuse à entourer le mariage légal d'une considération suffisante.

Si bien que, pour conserver à la société ses formes traditionnelles, nous sommes réduits à ne pas protéger ce qui nous semble digne de respect, et à protéger ce qui ne nous en semble point digne.

Une telle situation est le signe d'une dissolution sociale. L'idéal et les lois se séparent ; la société devient un fait, elle cesse d'enfermer un principe. Les institutions sont devenues impossibles.

Je viens d'exposer les motifs qui rendent notre législation incapable d'assurer la durée de Tordre social et des contrats personnels, mais le mariage est une institution d'une telle importanceet d'une telle généralité que je ne puis me borner aux considérations qui précèdent.

J'ai déjà signalé ce caractère des sociétés chrétiennes et généralement de toutes les sociétés connues jusqu'à ce jour, de se justifier par un idéal religieux; elles se justifient également aux yeux des hommes par la protection qu'elles garantissent à leurs intérêts.

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