‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 215 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

En tant que les institutions sont conformes à l'idéal , elles sont belles ; en tant qu'elles sont favorables aux intérêts et conformes aux besoins, elles sont utiles.

Une vérité bien noble, bien grande, pleine- de promesses, c'est que ces deux caractères, la beauté et l'utilité, se développent ensemble et sont inséparables dans l'histoire. Le bonheur et la liberté des hommes au sein d'une société ont toujours été proportionnels à l'élévation et à la pureté de son idéal. Si bien que le législateur, en recherchant la perfection et l'idéal, reçoit ce glorieux prix de ses travaux, d'améliorer le sort des hommes; et qu'en s efforçant d'améliorer leur sort et de les rendre plus heureux et plus libres, il obtient ce résultat plus glorieux encore, d'incarner dans les institutions nouvelles un idéal plus parfait dont l'image les rend meilleurs et plus dignes de leur bonheur et de leur liberté.

Résultat harmonieux dont j'ai essayé dans le chapitre précédent de faire comprendre les causes, que l'histoire et la philosophie pure démontrent plus clairement que je n'ai pu le faire, et qui prouve l'identité des conditions du bonheur et de la moralité, la synergie progressive de l'égoisme et du dévoûment, et l'accord de la société parfaite avec la liberté absolue.

Lorsque l'on se préoccupe du sort d'une institution, il ne suffit donc point d'étudier la législation qui la régit pour juger de son avenir avec certitude. Bien que cette législation soit absolument impropre à la conservation, l'institution peut vivre cependant, et de mauvaises lois peuvent être abrogées et remplacées par des lois meilleures. Il faut encore examiner si l'institution n'est

point protégée contre les efforts destructeurs par le dévoûment ou par l'égoïsme, et Ton doit se demander si des législateurs plus habiles ne trouveraient pas des moyens de la défendre et d'en assurer le maintien et la stabilité en s appuyant sur les sentiments religieux ou sur les intérêts personnels.

L'insuffisance de la législation à maintenir l'organisation sociale actuelle résulte, ainsi que je l'ai dit plus haut, de ce fait que l'idéal qui lui sert de justification et la pénalité qui lui sert de sanction se sont amoindris à la fois. Les institutions ne paraissent plus assez belles pour déterminer le respect et l'assentiment volontaire, elles ne sont plus assez fortes pour contraindre les résistances et comprimer les révoltes.

Créer un nouvel idéal dogmatique analogue à l'idéal chrétien, aggraver directement la pénalité, ce sont là des moyens dont la discussion est inutile; ils sont impraticables, nul homme sérieux ne songe à les employer, et l'on rencontrerait dans cette voie des obstacles invincibles.

'Mais, indépendamment des lois spéciales qui les défendent et les constituent, les institutions sont protégées par un ensemble d'opinions, de préjugés, de lois, de mœurs, de besoins et d'intérêts qui s'y rattachent plus ou moins intimement, souvent de fort loin, et qui suffisent non-seulement à les maintenir, mais parfois à les créer alors que la législation spéciale les compromet ou les néglige.

De cet ensemble résulte en effet une sanction indirecte,

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