‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 216 sur 228 · LIVRE H. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE H. SITUATION MORALE

souvent plus sévère que la pénalité judiciaire, et la conception d'un idéal consenti, souvent plus parfait que celui du législateur,

Que le mariage soit encore justifié dans l'opinion du plus grand nombre, et que cette forme de l'union des sexes soit généralement considérée comme la plus parfaite; que d'autre part il soit sanctionné par les mœurs, et qu'un grand nombre de besoins, d'intérêts et de sentiments exercent une véritable contrainte en sa faveur et ne trouvent aujourd'hui de satisfaction légitime que dans cette institution : cela ne fait aucun doute.

Je vais examiner la tendance de ces énergies conservatrices et m' efforcer de reconnaître le degré de confiance que l'on peut avoir en elles.

Tout d'abord je dois constater que cela est un des symptômes les plus graves de la décadence d'une organisation sociale, d'en être réduit à la nécessité de rechercher les conditions de l'ordre et de la stabilité dans l'élément mobile des opinions, des intérêts et des mœurs, au lieu de les rencontrer dans l'élément fixe des codes et des lois.

Pendant la période organique et de développement, la législation l'emporte de beaucoup en influence sur les mœurs ; le phénomène contraire se manifeste invariablement pendant la période critique et de décadence. Comme les diverses catégories dans lesquelles on peut ranger les faits sociaux, s'appuient sur des divisions analogues dans les individus dont la société se compose et dont elle se propose d'harmoniser les passions et les intérêts, il arrive que, chez les nations civilisées, la législation se préoccupe surtout de l'organisation des

passions qui revêtent une forme hiérarchique favorable à l'ordre : ces passions sont l'ambition et le sentiment familial. Les mœurs, au contraire, subissent l'influence presque exclusive de sentiments dont les formes sont plus spontanées et plus compatibles avec la liberté : ces passions sont l'amour et l'amitié. J'ai déjà signalé la prédominance de l'amour et de la galanterie dans la civilisation chrétienne ; ce caractère est une protestation contre le spiritualisme ascétique du dogme, mais on conçoit combien il rend les mœurs peu propres à remplacer les lois et à défendre les institutions que le christianisme a fondées. Il suffit d'ailleurs de lire quelques pages de la littérature courante ou de se livrer à quelques heures de causerie pour s'apercevoir de la force avec laquelle l'amour proteste incessamment contre la loi, et de la facilité bienveillante avec laquelle les mœurs acceptent les atteintes qu'il porte aux droits les plus essentiels du père et de l'époux.

Toutes les idées de perfection qui se rattachent de nos jouis à la monogamie permanente sont de deux sortes : les unes, en la considérant comme un idéal vers lequel doit toujours tendre l'humanité, ne lui attribuent ce caractère, qu'autant qu'elle résulte d'un consentement actuel et volontaire et de la permanence des affections. De telles idées sont purement philosophiques. Ces tendances morales, quelle que puisse être leur légitimité, quaje n'examine point ici, ne peuvent être la base d'une institution sociale; elles n'ont point de réalité politique et sont exclusives de toute législation. Elles sont l'exprès-

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