‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 217 sur 228 · LIVRE U< SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE U< SITUATION MORALE

sion plus ou moins juste d'une théorie de l'amour; rien de plus.

Il suffit d'ailleurs de percer hardiment les nuages mystiques dont ces doctrines sont voilées pour être saisi d'horreur et de dégoût à la vue de leur corruption, de leurs conséquences vicieuses et de leur laideur. Un trait leur est commun à toutes ; il suffit à les caractériser.

« Quand un amour s'éteint et qu'un autre amour lui succède, ce n'est point le second auquel il faut résister, c'est le premier qui fut une erreur, disent-elles. Cherchez la constance et cherchez-la dans la liberté; cherchez celui que vous aimerez toujours : vous vous étiez trompé. »

Gomme si l'on pouvait se tromper quand on aime!

C'est ainsi que ces théories mensongères arrivent À cette monstrueuse étrangeté de dégrader les souvenirs les plus sacrés et de flétrir la mémoire du cœur afin d'en idéaliser les désirs : le sentiment qui meurt ne descend plus dans la tombe honoré par les regrets ; il y descend avili par le mépris.

Conception insensée ! qui de l'image sainte du premier amour, de ce jour du printemps et de la vie nouvelle, de ce jour béni des fleurs et du soleil, a su faire un remords ! qui, de cette lumière et de cette chaleur, de cet astre aux rayons éclatants duquel toute vérité brille, tout dévoùment parait facile, toute justice est belle, a su faire une illusion décevante !

Ces doctrines ne sauraient être trop énergiquement stigmatisées. Elles sont notre jésuitisme à nous : les lâchetés et les hypocrisies de la liberté.

Bien éloignées de poursuivre cette recherche singulière dans l'amour et ces raffinements outrés dont les uniques résultats sont l'ingratitude et la dégradation du cœur, des doctrines plus austères élèvent l'idéal de la monogamie. Toutes reposent sur le sacrifice des penchants les plus attrayants et sur la résistance aux abandons de l'amour, aux sollicitations des sens. Ces doctrines se résument toutes dans l'idée religieuse ; le dogme et la morale du christianisme en sont la justification et l'expression la plus parfaite, et le sacrement du mariage en est la forme la plus logique.

On peut donc considérer l'idée religieuse comme la plus énergique des forces conservatrices de la monogamie permanente; j'en ai déjà signalé l'influence (p. 377); mais, je disais qu'il serait bien imprudent de compter sur elle, et j'ajoutais qu'une cause permanente accélérait la transformation du christianisme en jésuitisme et que cette cause rétrécissait le champ sur lequel s exerce l'action de l'Eglise en même temps qu'elle en corrompait la doctrine. Je dois justifier cette assertion.

Quand on examine l'ordre social au point de vue des intérêts matériels, l'ensemble des citoyens se divise naturellement en trois classes : la classe riche, la classe moyenne, la classe pauvre ; c'est-à-dire la classe qui jouit du superflu, la classe qui possède le nécessaire sans superflu, la classe qui manque du nécessaire. Comme le nécessaire est relatif aux mœurs et aux habitudes de ceux que l'on considère, ce mot doit être défini : c'est la somme de garanties, la part de produits et le bien-être

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