‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 218 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

moyen que la société pourrait assurer à chacun s'il lui était possible de diviser également la richesse sociale entre tous les citoyens.

Tous les progrès dans les sciences physiques et morales, en développant incessamment les conditions de l'ordre et les moyens de production, conduisent à une meilleure exploitation du globe et à la généralisation de l'emploi des forces naturelles comme auxiliaires du travail ; ils élèvent ainsi d'une manière continue le niveau du nécessaire. Les riches sont donc des hommes qui jouissent par anticipation du nécessaire de l'avenir ; les pauvres, des hommes qui sont encore réduits au nécessaire du passé.

Je me me borne à signaler ici cette division dont je me servirai dans quelques pages. Ce n'est qu'en exami- . nant notre situation économique que j'étudierai les relations de ces classes, leurs fonctions dans le mouvement des sociétés humaines, les circonstances dans lesquelles la richesse de quelques-uns est utile aux pauvres et par conséquent légitime, et celles où cette richesse devient, au contraire, nuisible aux plus déshérités, et par conséquent abusive.

Si l'on se place au point de vue des sentiments moraux, les citoyens se divisent aussi naturellement en trois classes : la classe savante, la classe movenne, la classe ignorante; c'est-à-dire la classe qui jouit de connaissances et d'idées supérieures à celles qui ont servi de bases à la construction de l'ordre social, la classe qui possède les connaissances et les idées nécessaires à la

conservation de cet ordre, la classe qui manque d'une partie de ces connaissances et de ces idées.

De même que le nécessaire, ce niveau moyen de connaissances et d'idées est relatif au temps et à l'époque historique que l'on considère. La société a pour mission d'y élever chaque individu; elle s'efforce d'y parvenir au moyen d'un enseignement égal pour tous. Dans notre société, cet enseignement est celui de l'Église, et cet ensemble de connaissances et d'idées, qui reste invariable pendant toute une période sociale et la caractérise, n'est point autre de nos jours que la morale chrétienne.

Les progrès de la science et de la philosophie, en développant incessamment la conception de l'ordre et les idées de liberté , généralisent l'emploi de toutes les aptitudes individuelles, conduisent l'humanité vers une meilleure organisation et tendent par la création d'un . nouveau dogme à élever le niveau de la morale. Ceux que j'appelle ici les savants sont donc des hommes qui jouissent de la conception de l'ordre et de la vie sociale dans l'avenir; les ignorants n'arrivent pas même à la conception des principes de la société au sein de laquelle ils vivent, et sont encore réduits à faire usage des conceptions du passé.

Ces conceptions successives ont été, sont et seront tour à tour l'autorité de la raison d'Etat, du dogme religieux, de la conscience individuelle.

Incompatible avec l'autorité de la conscience individuelle qui repousse tous les contrats personnels, l'institution du mariage, en devenant une création de la loi civile et en perdant son caractère religieux, est devenue

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