‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 22 sur 228 · LIVRE F'. LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE F'. LES POUVOIRS ET L'OPINION

C'est une chose admirable que de voir comment la révolution , toujours attaquée , semble toujours puiser de nouvelles ressources dans les nécessités de la défense. Elle devient ainsi plus puissante à mesure qu'elle est plus menacée. Comme Àntée, quand elle est abattue, ses forces renaissent en touchant la terre, et ses blessures ne font que l'aiguillonner. 0

On ne doit d'ailleurs point s'effrayer de cette tendance nouvelle, comme d'un fait menaçant pour la stabilité, elle seule est capable en effet d'assurer l'ordre en harmonisant les lois et les mœurs politiques du pays avec des principes acceptés de presque tous les citoyens. Loin d'ailleurs que l'opinion soit capricieuse et mobile, nous avons remarqué déjà que les phénomènes d'oscillation que présente l'esprit des assemblées, tiennent au contraire à sa fixité. Lorsqu'une majorité veut lui imposer une direction, elle est forcée de réagir pour échapper à cette pression, mais ce jeu alternatif disparaîtra du jour où les gouvernements voudront bien renoncer à exercer une action politique à l'intérieur.

C'est ainsi qu'un pendule écarté de la verticale par une action étrangère oscille longtemps de droite et de gauche. Un observateur superficiel croirait, sans doute, qu'il est soumis à l'action d'une force alternative; et, cependant, la puissance qui le meut, régulière et constante, l'attire vers un point invariable au centre de la terre ; et la pesanteur, résultante de toutes les attractions particulières, est, dans l'ordre matériel, la cause même de toute stabilité : telle est dans l'ordre politique cette volonté générale qui n'est aussi que le résultat de toutes les opinions individuelles.

Pour apprécier les conséquences de l'adoption d'une ligne politique, il est donc nécessaire de déterminer cette volonté générale.

Il est en France deux mots qui jouissent de toutes les sympathies de la nation. Aussi les partis se sont-ils empressés avec une grande sagacité de les adopter comme des signes de ralliement et de les inscrire sur leur drapeau.

Quoi qu'on ait tenté pour les faire considérer comme contradictoires, le pays refuse de les séparer ainsi d'une manière absolue, et persiste à faire des tendances qu'ils représentent l'objet commun de sa sollicitude.

Ces mots sont l'ordre et la révolution.

Oui! la France désire l'ordre, elle l'espère, mais elle aime la révolution, elle Ja veut.

La Fronce sait que la révolution est son œuvre, avec cette œuvre, elle s'est identifiée, et ne saurait plus se reconnaître ni se comprendre elle-même, s'il lui arrivait de la renier. L'esprit delà révolution est devenu l'esprit même du pays, et s'il cessait de la proclamer et de marcher vers le but ultérieur qu'il s'est ainsi fixé, il ne concevrait plus sa propre utilité dans le monde, ni la raison d'être de son existence.

Mais, dans l'accomplissement de cette œuvre immense, malgré tout son dévoûment à l'idée, la France veut accomplir celte grande transformation dont elle a pris l'initiative, avec les moindres fatigues et les moindres douleurs. C'est en ce sens, surtout, que doit être compris cet amour de l'ordre qui n'est que le légitime

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