‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 220 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORAXE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORAXE

compréhensible ; une théorie sans principe et sans expériences sur lesquelles elle s'appuie.

Je ne veux pas revenir sur les chapitres précédents, mais je dois constater que les compositions de conscience qui sont le résultat du casuisme et de l'absence du dogme, et que l'exaltation de sentiment qui est la suite du sensualisme dans le culte, sont absolument destructeurs des mœurs, dans le sens que l'on attache le plus souvent à ce mot.

Comment des doctrines dont l'objet est la glorification de l'amour, dont les moyens sont la production du sentiment par les sens et de la charité par la pitié, pourraient-elles conserver l'austérité des engagements personnels, protéger les vœux et les contrats viagers, résister aux entraînements des sens, combattre les élans et les dévoûments de l'amour ?

Or, qu'est-ce donc que le mariage, s'il n'a pas pour objet de résister aux sens et de combattre l'amour?

Il ne faut donc point compter sur la religion pour conserver le mariage. L'enseignement chrétien est désormais impuissant, et nul autre enseignement ne viendra se substituer à lui. Où le catholicisme a succombé, nulle doctrine analogue ne remplira sa tâche.

Indépendamment de toutes les idées d'ordre général qui s'y rattachent, un contrat peut puiser une grande force de conservation dans les intérêts des contractants.

Envisagé sous cet aspect, le mariage se présente comme un contrat par lequel la femme échange une partie de sa liberté contre la protection du mari, et le mari ses

devoirs de protection contre certains droits de commandénient.

S'il arrive qu'un tel contrat soit à titre onéreux pour l'une des parties, il faut que l'action sociale soit trèspuissante pour en assurer l'exécution.

Pour la conservation du mariage cette action sociale est devenue très-faible.

Cependant, en raison du principe de l'égalité devant la loi, les termes du contrat sont les mêmes, quelle que soit la classe à laquelle appartiennent les conjoints. Qu'en résulte-t-il?

Dans la classe riche où la femme n'a, pour ainsi dire, pas besoin de protection, le contrat est onéreux pour elle : elle ne reçoit jamais autant qu'elle abandonne.

Dans la classe pauvre, au contraire, le contrat est onéreux pour l'homme, et les droits que les lois accordent à l'époux n'équivalent point, en ce cas, aux charges qu'entraîne la protection des enfants et de l'épouse.

Aussi arrive-t-il que les femmes des classes riches et les hommes des classes pauvres sont à l'état de révolte intérieure contre les conditions léonines de leur engagement. A ce sujet on peut dire que les mœurs tiennent ooraplc de cette situation et qu'elles ont corrigé les lois. Cela est vrai. Mais il est également vrai que c'est un grand péril quand une institution si importante est soumise à la réglementation de l'opinion et cesse d'être régie par l'élément plus stable et plus conservateur des lois.

Il est certain qu'il se produit un mouvement d'opinion très-rapide et très-menaçant au sein des classes dont je parle.

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