LIVRE II. SITUATION MORALE
reuse, et l'exposerait aux plus grands périls en la précipitant dans des voies inconnues.
L'affection paternelle et le sentiment de l'égalité ont, dans un autre sens, agi d'une manière désastreuse pour la conservation du mariage, en donnant aux femmes des droits aux héritages égaux à ceux des hommes.
Tous les peuples imbus de principes conservateurs ont compris que les classes riches et lettrées étaient incessamment sollicitées par le progrès philosophique à sortir de l'idéal moral de la société dans laquelle elles vivent, et à faire un pas vers la liberté.
Gomme le mariage a toujours été basé sur un état d'infériorité de la femme, c'est toujours celle-ci qu'il a fallu persuader de son utilité. Le moyen le plus certain d'obtenir ce résultat est de la maintenir dans un état de faiblesse et de dépendance qui la dispose h acheter une protection aux dépens d'une partie de sa liberté.
C'est pour ce motif que tous les législateurs intelligents et conservateurs ont refusé le droit de succession à la femme. L'Angleterre et les Etats-Unis doivent la moralité relative des classes supérieures à l'emploi judicieux que ces peuples ont fait de l'exhérédation des femmes dans les familles riches.
Tout ce qui tend à rendre les femmes indépendantes, tout ce qui leur donne des garanties générales d'existence, tend à rendre incompréhensible pour elles l'abandon* d'une partie de leur liberté, en vue d'acquérir une protection qui leur devient inutile.
Ce que je dis ici s'applique à tous les contrais qui re-
posent sur une promesse en vue d'une garantie, à toutes les institutions qui reposent sur une obéissance en vue d'une protection.
Or, l'ensemble entier de toutes nos institutions sociales repose sur un échange de cette nature, sur un contrat de cette espèce, tacite ou exprimé. Le contrat social qui sert de type à l'organisation des peuples chrétiens, n'échappe point à cette règle générale, et la distinction du droit et du devoir qui domine toutes les relations humaines en est l'expression positive.
Or, il est presque superflu de montrer combien, en ce temps, les efforts du plus grand nombre tendent à multiplier les garanties d'existence et d'indépendance, et de dire combien ces tentatives sont suivies avec intérêt par l'universalité des citoyens, sans en excepter les plus ardents conservateurs. Ces efforts n'en sont pas moins destructeurs du contrat social et de toutes les institutions auxquelles il a servi de modèle.
Le dogme religieux sert de type à la construction sociale; Dieu se manifestant, selon la croyance universellement répandue chez les peuples chrétiens par la Providence et la loi révélée, la société dut se manifester également par la Providence et la loi ; elle eut le droit de commander et le devoir de protéger ; le citoyen eut le droit d'être protégé, le devoir d'obéir.
Une telle relation, ai-je déjà dit, n'est juste et possible qu'autant que le devoir se trouve être le prix exact du droit.
Il est en effet absolument impossible de protéger celui