‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 227 sur 228 · LIVRE II. SITUATION MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE II. SITUATION MORALE

l'avenir sur la foi d'un sentiment et d'une espérance. Liberté, égalité , fraternité !

Naïf et sublime élan , quand renaîtrez- vous? Quand renaltrez-vous, confiance en l'inconnu des génies inspirés et des peuples chercheurs?

La plupart des hommes ne voient encore dans la devise de la révolution qu'une formule de progrès régulier en raison de laquelle la liberté individuelle et l'égalité sociale doivent se développer d'une manière lente et continue, en même temps que le sentiment de la solidarité doit pénétrer tous les cœurs et remplacer l'influence du pouvoir dogmatique de l'Etat qui s'éteint.

Cette espérance repose sur une illusion, et nous sommes menacés de secousses beaucoup plus violentes ; les institutions et les contrats personnels ne sauraient s'amoindrir régulièrement au delà d'une limite fort restreinte. Il en est des institutions comme de toute chose dans le monde, quand elles sont parvenues à un certain degré d'affaiblissement, elles se brisent.

Je viens de constater que toutes les relations sociales étaient aujourd'hui basées sur une distinction fondamentale entre les droits et les devoirs des deux termes individuels ou collectifs qui sont mis en présence ; elles sont également basées sur la distinction entre les devoirs d'un individu et ses droits.

Si bien que l'individu doit toujours, au point de vue de Tordre actuel, considérer ses devoirs comme le complément et pour ainsi dire le prix de ses droits, et que, dans les relations sociales, l'ensemble des droits

et des devoirs d'une personne est toujours le complément des devoirs et des droits d'une autre personne.

La société se basait enfin sur ce principe que les droits et les devoirs variaient avec les fonctions et la situation des individus, mais que le devoir était toujours la redevance du droit.

Que doit-il se produire au sein d'une telle organisation, si le législateur et l'opinion publique proclament l'autorité d'un principe en vertu duquel non-seulement la définition des droits et des devoirs devient la même pour tous, mais encore la définition du droit devient identique avec celle du devoir?

Cette organisation, attaquée par ceux-là même qui se donnent pour mission de la défendre, sera 'fatalement détruite.

Or, quelle est la définition du droit qui découle invinciblement du principe de la liberté de conscience? -

Si cette liberté n'est point un mensonge, le droit de chacun est d'obéir à sa conscience, et ce droit est absolu.

Quelle est la définition du devoir?

Le devoir de chacun ne peut encore être que d'obéir à sa conscience, et ce devoir est absolu.

Ainsi l'égalité des droits et des devoirs s'affirme d'une manière absolue, et la hiérarchie des fonctions basée sur la différence dos droits et sur celle des devoirs disparaît fatalement.

Mais ce qui est bien autrement grave, c'est que par l'identification du droit et du devoir les contrats personnels deviennent impossibles, même dans l'égalité.

Ainsi tous les devoirs deviennent des droits, tous les droits deviennent des devoirs.

Gbogl

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